L’édito

Critique de la Raison d’Etre

Les conférences, les summits sont l’occasion pour de nombreuses entreprises d’exprimer leur raison d’être. Dit comme cela, la chose paraît quelque peu saugrenue et sent l’élément de langage. Il faut revenir aux origines. La notion US de « purpose » existe depuis quelques décennies, en France sa traduction est plus récente.

Par Xavier Dordor, publié le 12/02/2020 à 16:02, mis à jour le 12/02/2020 à 16:00.

Visuel édito Critique de la Raison d’Etre, Xavier Dordor
© Jamie Street

Elle est étroitement liée au PACTE (sept 2019) « Les entreprises ne se limitent pas à la recherche du profit. L’entreprise doit être le lieu de création et de partage de sa valeur. Le Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises (PACTE) permet de redéfinir la raison d’être des entreprises et de renforcer la prise en compte des enjeux sociaux et environnementaux liés à leur activité ». Fondamental, prospectif et porteur de sens pour un salarié, un dirigeant, un actionnaire, un client ou un partenaire. 

Le seul problème pour l’instant est la précipitation de certains à exprimer leur purpose, avant même de le réfléchir. Le résultat est consensuel, les mots évidents, et surtout non spécifiques ni attributifs. Conséquence ? Exprimée de la sorte, la raison d’être ne sera peut-être pas un accélérateur suffisant des consciences d’une entreprise. Le schéma projectif risque d’être plaqué sur un quotidien sans lien. 

Réfléchissons à l'enjeu avant de s’engouffrer dans la formulation, engageons-nous dans des moyens d’expressions futurs qui ne se limitent pas au verbe. « La critique est aisée mais l’art est difficile », je sais. Déjà à l’époque de certaines base-lines en communication qui ne sont pas sans rappeler la raison d’être d’aujourd’hui, on souffrait de trop d’œcuménisme, de bonne conscience désincarnée de la réalité. 

Donnons sa chance à la raison d’être d’aujourd’hui car elle repose sur un projet partagé et donne du sens. Mais puisque je titrais sur Emmanuel Kant, je lui emprunterai volontiers ces mots pour étayer mon propos : « Des pensées sans matière sont vides, des intuitions sans concepts sont aveugles. »

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