Entretiens

« Avec ChangeNOW, nous avons voulu créer le CES de l’impact. » 

Forte du constat que, contrairement aux autres écosystèmes, il existait peu, voire pas, d’endroits pour que les entrepreneurs avec des ambitions environnementales ou sociétales puissent se retrouver, Rose-May Lucotte a co-fondé ChangeNOW. Trois ans après la première édition, elle revient sur l'organisation et les ambitions du Sommet des solutions pour changer la planète. 

Publié le 12/02/2020 à 18:08, mis à jour le 12/02/2020 à 18:34.

Rose May Lucotte événement ChangeNow
© DR

Comment est né ChangeNOW ? 
L’idée a commencé à germer en 2015, tandis qu’avec la COP 21 les sujets de la transition étaient sur le devant de la scène. A l’époque, on plaçait beaucoup d’espoir dans les décisions gouvernementales, moins dans le secteur privé. C’est aussi en 2015 qu’est sorti le film Demain, et que des start-up ont commencé à émerger avec l’ambition de changer les choses. Or, nous avons fait le constat qu’il existait peu, voire pas, d’endroits pour que ces entrepreneurs avec des ambitions environnementales ou sociétales puissent se retrouver, alors que, dans tous les autres écosystèmes il existe de grands rassemblements accélérateurs pour l’industrie. C’est ce que nous avons voulu créer avec ChangeNOW : le CES de l’impact. 

Plutôt qu’un salon ou un sommet, ChangeNOW était sous-titrée « La première exposition universelle des solutions pour la planète », pourquoi ce choix ?
C’était véritablement la vision de l’événement. Il y a 150 ans avait lieu la révolution industrielle, pour laquelle avait été créé la vitrine de l’exposition universelle. Nous voulions, 150 ans plus tard, partager le même esprit d’aller chercher des projets dans le monde entier et de les rassembler sous la verrière du Grand Palais pour les présenter aux professionnels. 

ChangeNow s’est achevé : quels sont impressions ? L’événement a t-il été à la hauteur de vos ambitions ? 
Au fil des années, l’événement a beaucoup grandi. La première édition, en 2017, avait rassemblé 2000 personnes à Station F. La seconde, 6000 personnes venues de 87 pays. Pour cette troisième édition, nous sommes allés au-delà de nos attentes en termes d’énergie et de nombre de participants : nous voulions nous adresser à un public plus large mais nous ne nous attendions pas à 28 000 participants ! C’est le signe que le mouvement est plus important que ce que l’on pouvait espérer. Nous avons pris conscience de l’effet accélérateur de l’événement : des projets ont réussi à lever des fonds, des start-up ont pu collaborer avec des délégations de villes internationales, etc. ChangeNOW apporte beaucoup à l’écosystème. 

Quels en ont été les temps forts ?
Ce qui est intéressant c’est qu’il y a eu beaucoup de variété, avec à la fois des temps fort très business et des prises de parole inspirante, mais aussi des invités exceptionnels comme le Capitaine Paul Watson, fondateur de Sea Shepherd, en vidéo conférence, ou Tony Estanguet, Président du Comité d’Organisation de Paris 2024, qui a déclaré qu’il voulait créer les Jeux Olympiques les plus verts de l’histoire et a amorcé un partenariat avec Beyond Meat, une start-up qui propose une alternative pour une alimentation sans viande.
Autre temps fort : le cabinet de conseil Bolton Consulting Group (BCG) qui organise depuis 13 ans le Prix de l’entrepreneur social de l’année, est venu à ChangeNOW remettre son prix. 
De même, Climate Kiq a remis les Climathon Global Awards, qui célèbrent des solutions permettant de lutter contre le changement climatique au niveau local, à la fois par les citoyens et les villes, allant de l'écologisation urbaine à la gestion des déchets ou encore à l'utilisation durable des terres. 
Enfin, nous avons organisé le Job Fair, salon de recrutement de l’impact le samedi ainsi qu’un festival de cinéma engagé, qui a montré comment la culture et le cinéma peuvent insuffler cette culture du changement. 

En termes d’organisation d’événement : qu’avez-vous mis en place pour réduire l’impact environnemental ? 
C’est évidemment un point qui était inscrit dans l’ADN de l’événement : il était de notre devoir d’intégrer nous-mêmes ces solutions pour essayer d’avoir le moins d’empreinte carbone possible. Nous avons notamment revu certains codes standards de l’événementiel : pas de moquette, pas de mur… Toutes les sources de déchets ont été éliminées, grâce à des choix de prestataires et des porteurs de solutions. Les déchets que nous n’avons pas pu éliminer ont été « upcyclés » par exemple. Toutes les bâches ont ainsi été transformées en mobilier, et les restes de mobiliers ou de matériaux ont été récupérés pour être recyclés. 
Nous avons également pris le parti de ne proposer aucune bouteilles en plastique mais, grâce à un partenariat avec Eau de Paris, d’installer des fontaines à eau équipées de gobelets compostables. Nous avons également trouvé une alternative aux badges en plastique grâce à une start-up qui fabrique du papier minéral. 
Côté alimentation, nous avons travaillé avec des restaurateurs engagés qui ont accepté de signer notre charte privilégiant les aliments bios, locaux, les plats végétariens ou à faible impact carbone. Enfin, grâce à Reforest Action, un arbre a été planté pour chaque participants, et nous allons compenser notre empreinte carbone, si besoin, après le bilan fait par EcoAct. 
Cela demande d’y penser dès la conception, mais il existe de nombreuses solutions pour limiter l’impact écologique d’un événement. 

Et après ? Quelles sont les prochaines étapes ?
Nous savons d’ores et déjà qu’il y aura une prochaine édition. Nous voulons continuer à organiser ce rendez-vous annuel et lui donner de plus en plus d’ampleur. De plus, nous sommes en train de réfléchir à la manière d’avoir de l’impact tout au long de l’année. Mais il est encore un peu tôt pour en parler…

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