Entretiens

« Nous ne mesurons pas assez l’importance du choc que nous sommes en train de vivre. »

Très active depuis le début de la crise du Coronavirus, l'association France Digitale, multiplie les mesures et les informations à destination des startup. Nicolas Brien, DG de France Digitale, en dit plus sur ses actions, fournit des éclairages sur les impacts de la crise, et donne des clés pour envisager l'après. Interview.

Publié le 08/04/2020 à 16:25, mis à jour le 16/04/2020 à 10:32.

Photo de Nicolas Brien
© DR

Très rapidement, France Digitale s’est mise en ordre de bataille pour proposer de nombreux services à tous les dirigeants de startup. Comment avez-vous identifié les besoins ?
Nous avons vu venir la crise début février. Nous avons joué notre rôle de lanceurs d’alerte, en signalant aux pouvoirs publics le choc qui s’annonçait. Nous avons ainsi proposé un “sursis fiscal”, ou l’extension du chômage partiel, la mise en place d’avances sur le Crédit Impot Recherche, etc : tout ce qui pouvait préserver la trésorerie et atténuer le choc de demande. Ensuite, nous avons basculé sur la deuxième partie de notre activité : accompagner les entreprises et les salariés de France digitale afin qu’ils puissent se retrouver dans le flux d’informations. C’est comme ça que nous avons mis en place deux “Office Hours” par jour, sur des questions très concrètes. Nous entrons désormais dans un nouveau temps de formation, avec les Learning Hours : comment utiliser ce moment de confinement pour construire des choses ensemble ? Beaucoup d’entreprises étaient en retard sur la formation de leurs collaborateurs, c’est le moment de rattraper. La gestion des talents est cruciale : comment maintenir une culture d’équipe, d’entreprise, quand tout le monde est en télétravail ?

Quelles sont les prochaines étapes pour France Digitale ?
France Digitale Day va probablement être le premier grand événement Tech en Europe post-confinement. Ca n’a jamais été un événement géant : nous sélectionnons  3000 fondateurs de scale-up triés sur le volet. A un moment où les startup vont avoir besoin de se refinancer, nos tracks de rencontres startups-VC et startups-grands groupes seront particulièrement utiles pour relancer le business.
Cela correspond probablement au changement d’état d’esprit : plus grand monde ne voudra s’entasser dans des halls de parcs d’exposition. C’est ainsi que nous préparons la Paris AI Week, qui se tiendra la semaine du 16 novembre. Il s’agira du plus gros événement sur l’intelligence artificielle en France mais plutôt que de rassembler 10 000 personnes en un seul lieu, nous proposons des séries d’événements de moins de 1000 personnes, segmentés par communauté, avec un fort niveau de séniorité. 

Aura-t-on toujours besoin d’événements malgré tout ?
J’en suis convaincu. Après six mois de pause des projets BtoB, les professionnels auront besoin de se retrouver face à face. En revanche, les rassemblements ne se feront pluas dans les mêmes conditions. Les réflexes de distanciation sociale ne vont pas disparaitre du jour au lendemain et les restrictions sur les voyages risquent de durer plusieurs mois. Les événements qui survivront à la crise seront ceux qui rassemblent des communautés très segmentées, avec un fort niveau de séniorité, pour permettre de vraies coopérations business. La crise du coronavirus va mettre un coup d’arrêt aux grandes foires à l’innovation, aux discussions de comptoir généralistes sur les startups. 

Vous avez publié une tribune dans les Echos pour appeler les entreprises à ne pas licencier, à un dispositif de soutien massif et notamment aux indépendants ou micro-entrepreneurs. Pourquoi cette tribune ?
“Il n’est de richesses que d’hommes.” Et de femmes ! J’ai la conviction que le capital humain est le principal moteur des startups. Dans une période de crise, il est crucial. Ma deuxième conviction est que ce n’est pas le moment d’être court-termiste. Si les grands groupes arrêtent de payer leurs fournisseurs, l’impact pour l’économie sera toxique. Nous venons de vivre une accélération sans précédents de la transformation digitale du pays, avec des centaines de milliers de télétravailleurs en plus, des services publics qui n’ont d’autre choix que de se digitaliser. Les startups sont une partie de la solution et elles vont permettre d’écrire le monde de demain. Ce n’est pas le moment pour les organisations de rogner sur les budgets d’innovation et de transformation digitale.

Comment voyez-vous l’avenir ?
Nous ne mesurons pas assez l’importance du choc que nous sommes en train de vivre. Au plus fort de la crise de 2008 le taux de chômage aux États-Unis était de 10%. Aujourd’hui, 50% de la population active en Europe est à l’arrêt. C’est un choc comme nous n’en avons jamais connu dans l’histoire économique contemporaine. Bien malin qui peut prédire l’avenir. 

Un message à faire passer ?
Les crises révèlent les leaders, car ces moments sont propices à des choix stratégiques. Etymologiquement, le mot grec “krisis” signifie d’ailleurs la capacité à distinguer, à séparer deux options. Les organisations ont la lourde tache aujourd’hui d’analyser la façon dont la crise impacte nos modes de consommation et de production, pour y déceler ce qui est temporaire et ce qui perdurera. Ma conviction, c’est qu’il y a énormément de changements que l’on croit temporaires et qui préfigurent le monde de demain. L’accélération des usages numériques fait à mon sens partie de ces transformations durables.

 

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