Entretiens

« Les médias doivent œuvrer à une nouvelle alliance entre le journalisme et la connaissance. »

Informer, mobiliser et accompagner sont au coeur de la raison d'être des médias. On en parle avec Corinne Mrejen, directrice générale du groupe Les Echos-Le Parisien et Vincent Giret, directeur de franceinfo, à l'occasion du festival Médias en Seine du 19 novembre prochain. 

Publié le 30/09/2020 à 17:13, mis à jour le 30/09/2020 à 17:13.

Corinne Mrejen et Vincent Giret
© Christophe Abramowitz

La 3e édition de Médias en Seine s’inscrivant dans le contexte de la crise sanitaire, avez-vous fait évoluer le format de cet événement ? 

Vincent Giret : On ne s’est jamais posés la question de reporter ou d’annuler Médias en Seine. Les Français n’ont jamais consommé autant de médias qu’en cette période compliquée. Tous formats confondus, les médias ont été un élément majeur de notre résilience individuelle et collective, avec une créativité exceptionnelle. Plus que jamais, il y a un besoin de parler du rôle de nos médias dans la société, y compris en période de crise sanitaire. Pour cette 3e édition de Médias en Seine, nous sommes très vigilants quant au respect des mesures sanitaires qui s’imposent. Nous aurons évidemment moins de participants en présentiel, mais c’est une très bonne opportunité pour développer la digitalisation de l’événement qui sera tout à fait exceptionnel cette année. Nous serons sur un format hybride car il est important pour nous qu’il y ait du public, mais nous allons pouvoir toucher beaucoup plus de personnes grâce au numérique. Cela change également la donne en termes de speakers dont bon nombre sont étrangers et pourront facilement intervenir en visio. 

Nous voulons que ce festival soit très horizontal et interactif.

Corinne Mrejen : Dès la première édition de Médias en Seine, nous avons pensé cet événement comme un festival. Un foisonnement de contenus et de formats nous permettant de mixer à la fois la hauteur de vue, la réflexion, la prospective, et surtout de réunir les conditions du dialogue. Nous voulons que ce festival soit très horizontal et interactif. Par ailleurs, c’est un moment de co-construction puisque nous serons physiquement à la fois à Radio France et au siège des Echos-Le Parisien, deux lieux qui permettront au public de se sentir réellement partie prenante de la réflexion et du dialogue. Quoiqu’il advienne, nous serons extrêmement exigeants en termes d’expérience utilisateur, physique ou virtuelle, de façon à avoir une qualité d’exécution qui soit irréprochable. Sans compter l’opportunité d’animer nos communautés de manière plus pérenne avant, pendant et après l’événement. 

Le format festival évoque aussi la fête. Est-ce qu’il y aura des moments festifs, de joie, dont nous avons grand besoin en ce moment ? 

VG : C’est prévu ! La veille au soir, il y aura un concert à Radio France car n’oublions pas que nous sommes aussi une maison dédiée à la culture et à la musique. On sourit également à Médias en Seine. La question de l’humour, par exemple, sera à l’ordre du jour. L’humour est une excellente façon de piquer et de faire réagir. Cette liberté de rire est nécessaire.  

Nous défendons collectivement, aussi bien aux Echos qu’à franceinfo, une éthique du débat public

Nous aurons d’ailleurs à cœur de le rappeler alors que nous sommes en plein dans le procès des attentats de Charlie Hebdo.  Il est important pour nous d’évoquer le sujet des nouvelles censures par exemple. Nous défendons collectivement, aussi bien aux Echos qu’à franceinfo, une éthique du débat public. Ce qui veut dire s’écouter, se répondre, se contredire, en somme tout ce qui fait que nos métiers sont passionnants. 

Quel est le partage des rôles entre les deux médias ? 

CM : Il y a la volonté de ne pas faire ce distinguo. Notre comité éditorial est commun et nos deux médias ont la capacité d’approcher des univers très différents et complémentaires. Le plus important, c’est ce qui nous rassemble et donc ce qui fait le sens de cette alliance. 

La crise sanitaire a été synonyme d’un regain d’intérêt pour les médias. A-t-elle changé durablement notre rapport aux médias en termes de crédibilité et d’influence notamment ? 

VG : Il y a eu beaucoup de choses très intéressantes dans cette crise. Tout d’abord, nous avons vu apparaître sur nos plateaux des dizaines de chercheurs, de scientifiques essayant de faire de la pédagogie sur ce virus extrêmement mystérieux. Parfois cela s’est fait dans le cafouillage et dans le clash. Je crois que nos médias doivent œuvrer à une nouvelle alliance entre le journalisme et la connaissance. Beaucoup de sujets d’actualité tels que notre alimentation, la mobilité, l’énergie, ont une résonance scientifique. Or la formation des journalistes passent par d’autres connaissances que la science. Médias en Seine sera donc l’occasion d’expliquer ce qu’est le chemin de la science, d’échanger avec le milieu scientifique et les grandes institutions en la matière. Pour ces dernières, ce sera l’occasion d’une réflexion sur leurs prises de parole dans le débat public, de voir comment les journalistes travaillent et de tisser des liens. Et cela va bien au delà de cette crise sanitaire. Autre thématique éditoriale avec la grande décennie du climat 2020/2030 qui se nourrit du débat scientifique et inspire toute une nouvelle génération de journalistes et de créateurs. Ainsi, nous recevrons des youtubeurs, des vidéastes qui nourrissent la thématique du changement climatique. 

Parmi les 7 thématiques étudiées lors de cette édition, celle de la campagne présidentielle américaine. Une élection qui s’annonce à haut risque pour l’information et le débat public ?  

VG : En effet, nous serons quelques jours après l’élection présidentielle américaine qui s’annonce inédite dans sa gravité. Cela pose la question de la fragilité de nos démocraties. Nous en discuterons avec beaucoup d’Américains qui feront pour nous le debrief de la campagne, mais aussi des écrivains, des artistes, etc. Evidemment, nous aborderons également la question de la désinformation, du fact-checking, du rôle des réseaux sociaux, ou de la défiance vis-à-vis de l’information, sachant que ce qui se passe aux Etats-Unis est presque un cas d’école en la matière. A partir du cas américain, nous élargirons sur les difficultés de nos démocraties en matière de liberté d’expression, de débat public, ou encore de cancel culture

A l’heure de la fragmentation de la société, comment les médias peuvent-ils participer au renforcement du lien social ? 

CM : Dans la raison d’être du groupe Les Echos-Le Parisien, il y a les verbes informer, mobiliser et accompagner (Le groupe Les Echos Le Parisien s’engage à favoriser l’émergence d’une nouvelle société responsable en informant, mobilisant et accompagnant chaque jour les citoyens et les entreprises). Cela dit bien qu’il nous faut donner des clés de compréhension du monde qui nous entoure avec toute l’exigence de sérieux, mobiliser nos communautés pour leur permettre de se mettre en mouvement et enfin accompagner les citoyens et les entreprises dans la transformation que nous sommes en train de vivre. 

Nous sommes dans un monde hyperfragmenté, hyperpolarisé et nous allons le rester.

VG : Nous sommes dans un monde hyperfragmenté, hyperpolarisé et nous allons le rester. En même temps, les médias ont la capacité de fabriquer du lien collectif. Donc oui, nous pensons que les médias ont un rôle majeur à jouer pour éviter la fragmentation totale de la société. Il ne faut pas que l’espace public soit le lieu de foires d’empoignes, d’idées complotistes et d’affrontements. Les médias sont des acteurs de civilisation et ont un rôle majeur à jouer dans nos démocraties. 

Aujourd’hui, quel est l’enjeu principal en termes de diffusion de l’information ? 

CM : La modération de ce qui circule en termes de contenus. La notion de nuance est primordiale, il faut sortir de la radicalité que l’on constate par exemple sur les réseaux sociaux. 

VG : Ce qu’on ressent c’est que l’époque est à la gravité. Certes, on a envie de sourire, de se distraire, mais nous sommes confrontés à des défis majeurs pour nos médias. De manière générale, il y a une inquiétude face à la tournure du débat public en général et de la puissance de la désinformation. On le constate encore au sujet de la crise sanitaire. L’urgence est donc d’essayer que les médias construisent de la confiance, du lien et de la démocratie. Et les publics qui viendront à Médias en Seine seront animés par cette conviction. 

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