Entretiens

« Nous savons réaliser un event virtuel dans un environnement bien réel ! »

En pleine vague de digitalisation des events, Christophe Cousin, président de l'agence Win-Win, nous parle de la mutation du marché et des atouts des formats digitaux. 

Publié le 10/02/2021 à 10:03, mis à jour le 11/02/2021 à 09:45.

CHRISTOPHE COUSIN
© DR

L’agence Win-Win fait partie de la famille de l’événementiel, pourtant vous avez un ADN quelque peu différent. Pouvez-vous nous en dire davantage ? 
Je viens du monde du Marketing Services et de la publicité. Après avoir créé l’agence Winch, puis Hémisphère Droit/Hémisphère gauche avec Franck Tapiro, je suis parti dans la mode durant 2 ans avant de lancer Win-Win. Le modèle de cette agence reposait alors sur la rémunération aux résultats grâce à l’indexation de nos honoraires sur les résultats enregistrés par nos opérations. Pour tenir cette ligne, il nous a certes fallu des KPI, mais aussi être en capacité d’optimiser les données issues du digital en termes de leads, de résultats, de taux d’ouverture, etc. Cela nous était d’autant plus aisé que nous avions racheté une agence digitale en 2008.

Win-Win était donc précurseur avec cette « brique » digitale ? 
Oui, car nous avions besoin du digital, notamment dans l’expérience client, pour fluidifier, faciliter, et capter toutes les notions de ROI. Dès 2013, les événements que nous produisions avait des applications digitales assez fortes pour traquer la data. Et nous sentions le besoin de nous repositionner sur l’expérience de marque, qui dans 60% des cas, relève d’une expérience Live au sens large à travers une rencontre physique de la marque avec ses publics cibles. 

2020 aura été très bonne année pour l’agence avec des demandes qui ont explosé. Vous étiez prêts pour ce tournant bien avant la crise sanitaire ?
Win-Win a pour client l’ESICM (la société savante européenne de médecine intensive, ndrl) depuis 2010. Nous les accompagnons sur leur stratégie de marque assez ambitieuse, qui leur a permis notamment de passer de 2 500 membres à 9 000 mais aussi de digitaliser et monétiser la relation avec ses différents publics. Nous les accompagnons aussi dans l’organisation de leur congrès annuel en présentiel, puis en 2015 avec une première initiative de e-congrès mais le format n’a pas pris, malgré une technologie opérante.

Quand la crise de la Covid est survenue en mars dernier, j’ai tout de suite pensé qu’il fallait accélérer sur le volet digital. Nous avions déjà énormément investi dans ce sens et ouvert notre digital center à Marseille depuis 10 ans. Puis, l’ESICM nous a demandé de produire pour leur compte un congrès mondial en digital « spécial Covid » pour réunir le maximum de médecins réanimateurs afin de d’informer et former en urgence un maximum de personnels soignants.

En termes de jauge, de rapidité, de performance, etc., le digital change réellement la donne !

Après seulement 10 jours de préparatifs, nous lançons cet e-congrès le 28 mars au cours duquel 135 000 médecins-réanimateurs vont se connecter à travers le monde pour se former. 160 pays représentés, 24 speakers qui se succèdent durant 8 heures pour présenter les best-practices en matière de gestion des malades Covid dans les services de réanimation ! Une audience véritablement énorme qui permet de comprendre qu’en termes de jauge, de rapidité, de performance, etc., le digital change réellement la donne. Et depuis mars 2020, nous enchainons les demandes sur les formats d’événements digitaux avec notre nouvelle marque E-LIVE by winwin.com. 

Vous publiez un livre blanc pour tout comprendre des e-événements. Est-ce un outil didactique ? 
C’est un livre blanc dans lequel nous délivrons, presque de façon philanthropique, notre savoir-faire et nos positions sur les events digitaux. Nous expliquons la méthode, les points d’attention, etc. Nous avons développé une culture nouvelle qui nous permet de travailler également différemment sur le live. Nos réflexes sont plus affûtés sur le contenu et la narration, nous permettant de supprimer les effets de manche et l’exagération. 

Comment se profile 2021 pour Win-Win ? 
Aujourd’hui nous signons entre 2 et 4 événements par semaine. Nous avons ouvert des nouveaux locaux à Paris ainsi qu’à Marseille, avec nos propres studios, des plateaux TV et fond vert, mais également un plateau type « TEDx » de 200 m2 et un autre pour faire des démos culinaire avec des chefs. La deuxième phase de ce développement c’est l’hybridation avec ce que nous avons appelé le X-LIVE, un mix entre LIVE & E-LIVE. L’intégralité de notre culture Live de terrain est revisitée pour que tous les événements que nous produirons dès cet été soient hybridés.

Nous continuons de faire ce que nous avons toujours su faire, à savoir scénariser et raconter de belles histoires, mettre en forme et sublimer les contenus dans un respect et une maîtrise de la marque.

Des events maîtrisés en termes de coûts et de technique. En un an, nous avons réalisé plus de 50 E-LIVE et vécu des moments exceptionnels comme pour les 24H du Mans, les lancements de la fusée Ariane pour Arianespace, etc. Nous continuons de faire ce que nous avons toujours su faire, à savoir scénariser et raconter de belles histoires, mettre en forme et sublimer les contenus dans un respect et une maîtrise de la marque. Nous écrivons quelque chose d’intéressant et de passionnant pour le futur qui génère une forme d’ultra-performance.

Et concernant les salons ?
Nous avons lancé également E-LIVE Expo car nous avons une culture assez importante des salons en ayant notamment imaginé, commercialisé et réalisé pendant 9 ans le salon EspritMeuble. Fort de cette expérience nous avons développé une offre spécifique pour les salons/expositions/congrès. Nous avons fait pour le groupe InVivo leur E-LIVE Expo 2020 avec 3 fois 130 stands virtuels pour les marques JARDILAND, GAMM’VERT et DELBARD. Un format interactif, avec des visioconférences, des rendez-vous one-to-one, etc. Nous avons vraiment travaillé la qualité de l’expérience dans les espaces. Grâce à la maîtrise de la technologie Matterport 3D, utilisée par les agences immobilières pour les visites virtuelles, nous captons les espaces réceptifs dans lesquels on peut ensuite ajouter des nouveaux objets, de l’interaction, de la vidéo, etc. Cela permet une véritable immersion dans un environnement virtualisé. Nous avons fait cela également pour le Grand Palais et pour l’Olympia. Nous savons donc réaliser un event virtuel dans un environnement bien réel qui a été capté en amont. 

Event digital veut-il dire no limit ? 
En effet, tout est permis désormais. Un événement peut être fermé puis rouvert, durer quelques heures ou 3 mois, etc. Après, ne perdons pas le fil de l’événement qui est par essence est un rendez-vous éphémère, fédérateur, et impactant. Il faut donc savoir recréer de la densité éphémère, garder l’humain tout en augmentant la performance. 

Les KPI sont très importants, évidemment sur le volet e-commerce, mais aussi sur la performance des entreprises. Lors de conventions récentes pour Dessange International et Camille Albane, les organisateurs ont eu des retours ultra-positifs des participants. Certes les gens ne se sont pas vus, n’ont pas trinqué mais les retours client nous disent que les participants ont trouvé les contenus plus clairs, mieux préparés, plus appréhendables.

Je pense que demain, 1 événement sur 2 sera digital, également pour des raisons d’efficacité, de mobilité, d’impact carbone, etc.

Enfin tous les contenus produits à l’occasion de cette convention demeurent accessibles en replay pour des présentations aux équipes des salons notamment. Cela préfigure ce que seront les events à l’avenir. Je pense que demain, 1 événement sur 2 sera digital, également pour des raisons d’efficacité, de mobilité, d’impact carbone, etc. Enfin, il y aura une autre catégorie d’events, le retour au présentiel avec une dimension de partage et humaine ultra forte. Il y a une attente bien réelle en ce sens.

Justement, puisque vous évoquez les tendances : quelles sont celles qui se dégagent ?
Les tendances actuelles sont liées à la gamification et la virtualisation. Nous sommes entrés dans l’univers du jeu vidéo où l’on mixe de l’image réelle avec des images virtuelles et des effets spéciaux. Nous allons marier les univers de l’info, du journalisme d’entreprise, du cinéma, du gaming,… et bien-sûr de l’événementiel. Et nous n’aurons pas que des plateaux télé. Grâce aux fonds verts par exemple, les équipes créa sont en mode test & learn et savourent et explorent chaque jour un peu plus le champ des possibles.

C’est hyper excitant et je ne suis jamais autant amusé qu’actuellement ! 

 

En savoir plus sur...

À lire aussi

Image
Vidéo et débat, un édito de Xavier Dordor

Vidéo et débat

Le collectif de la filière événementielle* a produit une vidéo de 2mn qu’il faut regarder de bout en...