Entretiens

Nous convergeons totalement quant à la nécessaire qualité de la filière événementielle, en soi et dans la reprise.

Benoît Ramozzi, délégue général de LEVENEMENT et Xavier Dordor, directeur de la publication de MyEventNetwork, échangent à bâtons rompus sur le marché des events, leur impérieuse nécessité pour surmonter la crise actuelle ou encore sur le partenariat mis en place entre l'association et la marque média.

Publié le 14/10/2020 à 16:11, mis à jour le 16/10/2020 à 10:32.

Entretien Xavier & Bertrand
© Hubert G. de Barros

Pouvez-vous nous présenter LEVENEMENT L’asso ?

Benoit Ramozzi : LEVENEMENT est l’organisation professionnelle des entreprises de de production, création et de conseils en communication événementielle. D’après l’étude EY commanditée l’an dernier sur le secteur des événements corporate, ce sont près de 1 000 événements par jour qui sont réalisés en France (chiffres 2018) 335 000 emplois directs et indirects avec un impact territorial très puissant. Cela représente un volume de retombées annuelles d’environ 30 milliards d’euros. C’est un secteur de poids ! Comme vous le savez, la dynamique du secteur a été mis à l’arrêt fin février, nous amenant à réagir très vite et surtout à embarquer tous les professionnels de la filière, et pas uniquement les agences. Nous sommes montés au créneau en mettant en avant le poids de la filière et entrer à la table des discussions avec les ministères gérant la crise sanitaire et ses impacts.

Quelle est votre mission prioritaire dans le contexte actuel ?

BR : Au-delà de l’accompagnement des professionnels, il faut faire en sorte que ce secteur continue d’exister. Quand l’activité repartira, il faudra que les grands décideurs en entreprise soient également au rendez-vous et consomment des événements. Business, culture, social, sport, innovation et réengagement constituent tous les spectres de l’événementiel et c’est tout cela qui doit contribuer à la relance économique de notre pays.

XD : J’ajouterais pour ma part que l’événement est un média qui est à la disposition de toutes les marques. Les agences de LEVENEMENT ont des marques pour clients qui parfois vont arbitrer entre faire une campagne TV ou un event. C’est un choix. L’événementiel est donc un canal au service de tous et au service de la reprise et de l’économie. Nous sommes donc en synergie complète, vous LEVENEMENT et nous MyEventNetwork car nous sommes une plateforme servicielle qui annonce et éclaire les événements du marché et des filières communication, médias, digital, retail. Tous ces secteurs qui vont faire redémarrer l’économie. En période normale, il y a plus de 500 events annuellement, un chiffre qui a doublé depuis la crise de la Covid avec le développement des formats phygitaux et full digital. Nous sommes là pour que les professionnels puissent se repérer dans cette offre exponentielle. C’est pourquoi nous avons créé l’hebdo MyEventNewsletter qui touche chaque semaine 46 800 lecteurs - dont 36 000 annonceurs - toutes les semaines et que nous sommes ravis de discuter avec vous afin d’être en écho avec l’activité de vos membres.

L’idée de notre collaboration est bel et bien de redonner envie aux décideurs et annonceurs de réinvestir le média événement pour la relance de leur business

Qu’est-ce qui motive ce partenariat LEVENEMENT x MyEN ?

BR : L’idée de notre collaboration est bel et bien de redonner envie aux décideurs et annonceurs de réinvestir le média événement pour la relance de leur business, mais également leur communication externe comme interne. Nous voyons bien que les Zoom et autres Teams touchent leurs limites, même si ces solutions sont évidemment d’un grand recours actuellement. Mais le présentiel reste irremplaçable en matière d’engagement et d’émotions.

Par ailleurs, nous avons besoin de faire référencer et exister nos membres. Notre partenariat permettra d’obtenir de la visibilité supplémentaire pour nos métiers, le secteur, et de bénéficier de votre crédibilité. MyEventNetwork s’adresse aux annonceurs qui doivent être au rendez-vous de la relance économique. Et grâce à notre partenariat nos agences-membres vont pouvoir bénéficier de tarifs préférentiels pour communiquer sur vos newsletters et donc auprès de vos bases annonceurs. Nous allons médiatiser ce partenariat auprès de nos adhérents.

XD : Pour exister, il ne faut pas disparaître. Donc si la crise nous oblige aujourd’hui à ne plus avoir suffisamment d’events en présentiel, il faut que l’on continue d’animer les esprits et la filière, de décrypter les enjeux, la qualité, etc. Profitons-en pour normer, classer et avoir une dimension éthique qui permettra au marché de sortir par le haut de cette crise. Si demain matin, l’événementiel ne produit que du low-cost et/ou du futile, cela n’a aucun intérêt. Nous convergeons donc totalement avec vous quant à la nécessaire qualité de la filière événementielle, en soi et dans la reprise. Et si l’on veut vraiment que les médias redémarrent et ne crèvent pas face aux GAFA, il faut qu’ils y aient des rencontres comme celles de l’Udecam, des événements des marques médias, etc. Qui plus est, on voit bien aujourd’hui que les marques ont besoin de sens et que les entreprises ont besoin d’engagements, il faut donc leur donner la parole pour diffuser ces messages.

Avec le développement des formats phygitaux ou full digital, n’y a–t-il pas un risque que les agences deviennent à moyen terme des producteurs de plateaux TV diffuseurs de contenus ?

BR : Quand on voit fleurir sur internet des offres « votre événement digital clé en main » mais que l’on sait qu’il n’y a pas de partie conseils et encore moins de concepts ni de scénographies, c’est regrettable… Il n’y a pas de secrets, ce métier c’est celui des agences ! Même si leur cœur de métier n’est pas le digital, les agences sauront mettre en place un événement digital porteur de sens et créatif, c’est dans leur ADN et c’est leur métier. C’est d’ailleurs ce que nous avons fait sur l’événement ALIVE à Cannes début septembre. Et aucun risque qu’elles s’enferment dans ces formats. Dès qu’elles auront l’autorisation de retravailler normalement, elles seront ravies de faire du 100% présentiel !

Je crois qu’avec cette crise, on aura tous appris un meilleur usage du digital et que l’on ne concevra plus les événements pareillement.

XD : Je crois qu’avec cette crise, on aura tous appris un meilleur usage du digital et que l’on ne concevra plus les événements pareillement.  Et on aura bien compris l’enjeu de l’accroissement de l’audience. Peut-être que l’on ira plus sur un événement physique où on se rendait auparavant, par manque de temps ou parce que Covid, mais que l’on se rendra toujours à ceux qui suscite l’envie. Les autres, on les consommera au fil de l’eau…

Quel est le bilan que vous tirez d’A[L]LIVE, événement que vous avez réalisé le 1er septembre dernier.

BR : Plutôt positif. Initié au mois de juin, nous avons réussi à réaliser 4 plateaux de qualité dans des délais restreints en mettant tout le monde autour de la table, à savoir les professionnels mais aussi d’autres associations comme Sporsora et le PRODISS. Malgré la date compliquée du 1er septembre, cela a permis de redynamiser le secteur et de marquer notre présence. De plus, nous n’avons pas parlé que de nous en donnant surtout la parole aux annonceurs. La suite ? Utiliser tout ce contenu pour nourrir notamment nos réseaux sociaux et pourquoi pas faire un ALIVE #2. Quand et où, on ne sait pas, mais la question est posée.

MyEN a 18 mois désormais. Quelle est votre vision de l’événementiel et de ses évolutions ?

Aujourd’hui, le véritable souci selon moi est la prolifération et le fait de ne pas pouvoir distinguer les propositions. Quand hier nous avions des événements présentiels, nous connaissions la salle, donc la jauge et le nombre de personnes potentielles. Désormais avec les events virtuels, nous nous retrouvons avec un marché de moins en moins lisible. Lorsque MyEventNetwork fait sa timeline, qui reprend de manière exhaustive tous les events des verticales que nous couvrons, on ne comprend pas forcément le purpose de certains d’entre eux.

Nous aurions besoin d’un TripAdvisor des events !

D’où une véritable difficulté pour classer les événements, de comprendre à qui ils s’adressent, etc. Nous aurions besoin d’un TripAdvisor des events ! En mélangeant tout, on affaibli chacun et avec l’enjeu de relance événementielle en ligne de mire, il faut faire attention car tout est événement et rien n’est distinctif. Nous allons finir l’année 2020 avec plus de 1 000 événements répertoriés, c’est énorme ! C’est aussi pourquoi nous avons lancer notre newsletter Reminder avec un envoi le dimanche en fin de journée, afin que nos lecteurs puissent se repérer.

Qu’aimeriez-vous passer comme message aux annonceurs et aux lecteurs de MyEN?

BR : Il faut les éduquer et les inciter à respecter davantage les professionnels en limitant les appels d’offres et en travaillant en partenariat avec des spécialistes de la filière. C’est aussi une question d’éthique, une notion importante en termes de RSE. Aussi, sachons travailler tous ensemble, en bonne intelligence, pour nous projeter et accompagner les nombreux défis à relever.

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