Entretiens

« Notre baromètre a révélé un manque de diversité frappant dans le numérique » 

Comment parvenir à plus de diversité et d'inclusion dans le numérique ? En mettant en lumière et en accompagnant les porteurs de projets qui lient numérique et diversité et qui luttent pour une société plus égalitaire. C'est le pari de l'association Diversidays qui organisait, le 25 septembre dernier, son premier Forum Diversidays. Rencontre avec Mounira Hamdi, sa co-fondatrice. 

Publié le 02/10/2019 à 16:47, mis à jour le 02/10/2019 à 16:47.

Photo de Mounira Hamdi durant le Forum Diversidays
© DR

Vous avez fondé, avec Anthony Babkine, l’association Diversidays. Quel est son rôle ? 
L’association vise à valoriser les profils issus de la diversité du numérique : diversité sociale, ethnique, culturelle. Nous voulons mettre en avant des « role models » qui s’ignorent.

Comment découvrez-vous ces « role models » ?
C’est un dispositif en trois étapes.
Tout d’abord, dans trois régions (Auvergne Rhône-Alpes, Occitanie, et Hauts de France) un comité de bienveillance composé de personnalités de la société civile, des institutions, des associations, effectue une pré-sélection d’une centaine de profil. Nos partenaires comme Pôle Emploi, Simplon ou L’école de la seconde chance nous permettent notamment d’avoir accès à des profils qui sortent du lot. 
Une sélection plus poussée permet ensuite de sélectionner 8 personnes pour intégrer le dispositif Diversidays. 
Se met alors en place le « Leadership Program » qui consiste en plusieurs sessions de coaching, d’accompagnement et de rencontres sur trois grandes thématiques :  mise en confiance, mise en visibilité, mise en réseau. Ils sont également formés à la prise de parole devant les médias. C’est un format itératif en continuel changement, grâce aux feedback des différentes régions.
La troisième phase, c’est le Tremplin : chacun des talents disposent d’une dizaine de minutes pour raconter son parcours et son projet devant un public.
Nous allons bientôt lancer le dispositif Diversidays en région parisienne. 

Les « diversimakers » sélectionnés ont-ils tous déjà monté leur start-up ?
Non. Certains n’en sont qu’au stade de projet. Ils ont des niveaux de maturité très différents, cela va de ceux qui n’ont pas encore déposé le nom ou les statuts, à ceux qui ont déjà levé des fonds.

Pourquoi eux ?
Nous prenons en compte plusieurs critères, mais le principal est que le projet doit lier numérique et diversité. Nous prenons également en compte l’impact social du projet, et l’aspect inspirationnel de son porteur. Les « diversimakers » sont des ambassadeurs. Ils ont le pouvoir d’utiliser leur voix pour aider d’autres personnes et pour faire connaître leur cause. 

Cette année, pour la première fois, vous avez créé le Forum Diversidays, un événement qui a eu lieu le 25 septembre au Forum des Images. Pourquoi ?
Nous voulions fédérer du monde autour de notre initiative et faire connaître le dispositif Diversidays au niveau national. Pour le moment, nous agissons en régions. 
Cependant, il me semble important de préciser que le forum Diversidays n’est pas seulement un événement, c’est une communauté à part entière. Il nous a permis de mettre en lumière des actions plus concrètes, des chiffres, des visages, des personnalités inspirantes. Nous souhaitons en faire un rendez-vous annuel : avec une réactualisation des chiffres du baromètre chaque année, une nouvelle édition de notre annuaire.  Pour cette première édition du Forum Diversidays, plus de 450 personnes étaient présentes. 

Vous avez dévoilé les résultats du premier baromètre sur les Quartiers Prioritaires de la Ville (QVP) et le numérique. Quels en sont les principaux enseignements ? 
Le baromètre met en évidence des disparités importantes : l’appétence pour la recherche d’emploi dans le numérique est 30% plus faible dans les QVP qu’ailleurs en France. De même, on constate un manque de diversité frappant dans le numérique puisque 2/3 des recrutements dans ce secteur concernent des hommes. Et les femmes des QVP sont cinq fois moins amenées que les hommes à rechercher un emploi dans les métiers du numérique. Il existe également de fortes disparités entre les régions : un tiers des emplois proposés dans le numérique sont situés en Ile-de-France. 

La marge de progression est donc immense ?
Elle est énorme. Plus nous serons nombreux à communiquer sur ce que le numérique permet sans moyens, sans diplômes et sans réseaux, plus on amènera de personnes à s’intéresser à cet outil. 
Nous sommes bien placés pour le savoir, nous, fondateurs de Diversidays, nous ne connaissions personne et nous avons été propulsés grâce au numérique et aux réseaux sociaux. C’est ce qui nous a permis d’organiser des événement pour TF1 ou Yahoo France. C’est ce qui nous a permis de faire connaître nos livres, et de construire et faire grandir notre réseau. 

Vous avez également présenté un annuaire des talents du numérique.
L’idée de cet annuaire est née de médias ou de partenaires qui nous disaient vouloir mettre en avant des talents, ou des experts issus de la diversité, mais qui ne savaient pas où les trouver. 
Pour répondre à ce besoin, nous avons donc lancé un annuaire rassemblant 62 talents du numérique, des « Diversimakers », mais aussi des entrepreneurs déjà bien installés mais qui méritent d’être entendus, car ils disposent d’une expertise. 

Le Forum Diversidays a été l'occasion de distinguer trois personnalités. Lesquelles ?
Le but était de mettre en avant des personnalités qui agissent pour promouvoir plus d’inclusion dans la société grâce au numérique. Nous avons organisé les Trophées Diversidays, avec nos trois partenaires Google, ONU Femmes France et Linkedin, remis à des personnalités inspirantes.
Diversidays x Youtube a récompensé Fabrice de Boni, Axel Lattuada, Marc de Boni et Christophe Baudoin pour leur chaine « Et tout le monde s’en fout » qui lutte contre les stéréotypes avec humour. Le Prix Diversidays x ONU Femmes France a été remis à Sarah Ourahmoune, championne du monde de boxe et très engagée pour les droits des femmes. Enfin, le Prix Diversays Linkedin de la personnalité inspirante a distingué Benjamin Louis, déficient visuel qui, avec sa fondation Cœur Handisport, célèbre les sportifs à mobilité réduite. 

Quelles sont les prochaines étapes pour Diversidays ?
Nous préparons 2020. Nous allons organiser un Diversidays à Montpellier, un autre à La Réunion, mais aussi des Meet-up qui permettent à notre communauté de se retrouver autour de keynotes inspirants. 

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