Entretiens

« Il est urgent de parler d’une seule et même voix pour jouer dans le système futur. » 

Quels sont les nouveaux enjeux qui attendent les agences conseil en communication ? Et comment défendre les intérêts d'un secteur fortement touché par la crise ? Pour Laurent Habib, Président de l'AACC, l'heure est à la solidarité et à l'échange : « Les États Généraux vous nous permettre de débattre et de proposer ensemble. » Entretien.

Publié le 15/07/2020 à 17:44, mis à jour le 15/07/2020 à 17:58.

Photo Laurent Habib
© Eric Legouhy

Quel a été le rôle de l’AACC durant la crise sanitaire ?
Nous sortons d’une période inédite, au cours de laquelle le secteur de la communication a été profondément touché. Non seulement les investissements publicitaires ont baissé, mais certains métiers de la communication ont également vu leur activité fortement diminuer, à l’instar des freelances ou des métiers qui fonctionnent par opérations (design, lancements commerciaux, évènements...) qui ne sont pas basés budgets récurrents. C'est toute la chaîne des métiers de la communication qui a été touchée par la crise du Covid. Il faut se rendre compte de la profondeur de cette crise.  
Durant toute cette période, l’AACC a joué un rôle de premier plan en termes de solidarité, d’échange, de partage. Tous les mardis matins, 40 patrons d’agences se réunissaient pour discuter des mesures sanitaires, de chômage partiel, de protection des salariés etc. Nous nous sommes sentis plus forts ensemble pendant la crise. C’est dans ce genre de période que les associations professionnelles peuvent être fondamentales dans la vie des entrepreneurs.

Comment voyez-vous l’avenir du secteur, à plus ou moins long terme ?
La communication est un secteur fortement touché économiquement, mais il faut aussi faire en sorte de se défendre face aux attaques, aux remises en cause, aux critiques qui nous visent. Pour cela, il est urgent de parler d’une seule et même voix : l’AACC, l’Udecam, mais aussi les régies, les médias, les annonceurs… Il est nécessaire de s’unir autour d’une prise de parole commune pour la défense de nos intérêts. Il faut éviter que la communication ne soit considérée comme une variable d’ajustement, mais au contraire faire en sorte qu’elle soit un élément central dans la relance. Nous voulons jouer notre rôle dans le système futur. Pour cela, il faut éviter les fausses bonnes idées, comme les interdictions de secteur qui sont génératrices d’effets de seuil ou de contournements… et d’effets indirects pervers comme la remise en cause de secteurs qui sont déjà fortement en crise.
Pour moi, ce sont les États Généraux qui vont permettre à tous les acteurs de la communication de parler, d’échanger, de travailler, et de proposer ensemble. A travers les États Généraux, nous allons pouvoir nous exprimer d’une seule voix. Une voix de progrès pour nous-mêmes et pour la société.

Quels seront les sujets abordés dans ces États Généraux ?
Il y en a trois principaux. Tout d’abord, il sera question du modèle de consommation que nous voulons promouvoir. Nous militons pour une consommation raisonnée et raisonnable, consciente et informée, portée par des valeurs dans laquelle les marques jouent leur rôle pour faire évoluer la société. En bref un modèle de consommation qui contribue à une société plus écologique.
Le deuxième sujet est celui de la répartition de la valeur économiquenentre tous les acteurs de la communication. Aujourd’hui, la valeur est captée par les plateformes digitales, et plus particulièrement par trois acteurs que sont Google, Facebook et Amazon. Cela engendre la paupérisation des autres acteurs de la communication, des médias, des agences, de leurs fournisseurs, de la chaîne des travailleurs indépendants et des petites entreprises. Cette paupérisation touche tous les métiers et fragilise l’exception culturelle française. Une partie de l’opinion rejette la publicité, mais il faut rappeler qu’elle est essentielle à l’économie et à la transformation de la société française ! Il est absolument nécessaire de lutter pour préserver les budgets de communication comme investissements stratégiques pour les entreprises.
Enfin, le troisième sujet concernera le modèle des médias de demain. Nous voulons préserver les médias qui produisent du contenu de qualité, et qui s’adressent de façon éthique à des publics éclairés et informés. Ces points sont au cœur de la définition d’une société des médias. Attention à ne pas privilégier des plateformes digitales qui ne se considèrent pas comme des éditeurs c'est à dire responsables de ce qu’elles diffusent. Il faut rééquilibrer la société des médias au profit du journalisme professionnel, des contenus, et de l’éthique.

C’est un énorme chantier !
Oui. Tout l’enjeu est de rassembler autour des États Généraux, avec, je l’espère, un rôle important des agences créatives. 2020 est une année très importante qui va laisser une trace indélébile. C’est l’année des États Généraux. Celle où doivent converger toutes les énergies.

A terme, que deviendra-t-il de vos discussions durant ces États Généraux ?
Suite aux États Généraux, nous rédigerons un livre blanc et une charte d'engagements qui seront remis au Président de la République.

Il est question d’un événement conjoint entre l’AACC et l’Union des marques ?
Nous avons décidé que nos événements « Ça marque ! » et « Le pouvoir économique des marques » deviendraient un seul événement. Fin octobre, une journée de débats communs sera donc organisée dans le cadre des États Généraux.

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