L’édito

Ça ne passe plus crème du tout !

Les mauvaises habitudes ont la peau dure, et les promesses d’un monde meilleur, ressassées après chaque crise, peinent à se concrétiser. Il en va ainsi de la protection de l’environnement et de la transition écologique, dont chaque rapport du GIEC vient nous rappeler l’urgence absolue d’agir. 

Par Laurence Rousseau, publié le 24/05/2022 à 18:24, mis à jour le 25/05/2022 à 08:08.

Ça ne passe plus crème du tout !
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Pour paraphraser Jacques Chirac, notre maison brûle toujours et nous regardons un peu moins ailleurs, certes, mais parlons surtout beaucoup. Sans doute en nous disant intérieurement « Ça passe crème », selon l’expression consacrée par la génération Z pour dire que la situation est sous contrôle.

Pourtant non, ça ne passe pas crème, et le défi est dantesque. Aussi, doit-il être porté à bras le corps par des politiques publiques affirmées. Car les petits colibris chers à feu Pierre Rabhi n’y suffiront pas, ni les « déserteurs » d’AgroParisTech qui préfèrent aller planter leurs choux ailleurs que dans l’agro-industrie. De jeunes diplômés qui se sont exprimés sur scène avec sans doute la maladresse des cœurs exaltés, mais qui en disent long sur leur remise en cause d’un système dont ils ne partagent plus les valeurs. Ce qu’ils nous disent également, c’est qu’il faut revoir un modèle d’apprentissage académique trop formaté, décorrélé du monde actuel, et un marché du travail dopé à la performance. Apprentissage, formation, adaptation : des maitres-mots qui doivent infuser partout, à l’école (petite comme grande), dans les entreprises (elles s’y attellent) et même au sein du nouveau gouvernement, comme le suggère l’ingénieur et enseignant Jean-Marc Jancovici. Et convenons une fois pour toute qu’il n’y a plus de sujet tabou en la matière. Même le Forum de Davos et les grands de ce monde sont désormais capables d’aborder le thème de la décroissance !

Autre sujet qui ne passe plus crème du tout, celui du harcèlement et des violences faites aux femmes. A chaque affaire dévoilée sur la place publique, j’aimerais croire que ce sera la dernière, tout en sachant que la libération de la parole ne fait finalement pas si peur à des hommes de pouvoir au comportement prédateur. La génération de femmes à laquelle j’appartiens s’est accommodée avec fatalisme de paroles machistes ou d’attitudes inappropriées via des stratégies d'évitement. Mais ni nos enfants et encore moins les petites filles à qui la Première ministre Elisabeth Borne dédiait son arrivée à Matignon ne verront de fatalité en la matière. Alors changeons, et vite ! 

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