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Philippe Bailly : « La crise oblige à sortir des postures convenues »

Comment les professionnels des médias, de la communication, du digital, des télécom voient-ils le déconfinement, l’impact de la crise sur leurs business, et le monde d’après ? C’est pour connaître leurs perceptions que NPA Conseil leur a envoyé un questionnaire et a demandé à des personnalités du secteur de s’exprimer librement sur le sujet. Philippe Bailly, président de NPA Conseil, revient sur les principaux enseignements.  

Publié le 13/05/2020 à 17:33, mis à jour le 13/05/2020 à 17:33.

Photo de Philippe Bailly
© DR

Vous avez lancé une étude sur la perception des professionnels sur l’après confinement. Pourquoi cette étude et quels ont été les retours des professionnels à ce sujet ? 
Nous avons toujours su qu’il y aurait un après confinement et qu’il fallait, pour être positif et actif, travailler à cet « après ». Nous avons continué à produire nos notes de veille hebdomadaire, en les ouvrant à l’ensemble des professionnels. Puis, dès le lendemain de l’annonce du Président de la République de la date du déconfinement, nous avons eu envie de sonder les professionnels, pour connaitre leurs points de vue. Nous avions en effet de nombreuses questions en suspens : à quoi ressemblera le travail demain ? A quel point cela va-t-il changer la vie de l’entreprise ? Mais aussi, des interrogations plus sectorielles : l’explosion de l’audience TV est-elle un phénomène durable ? La baisse des investissements média va-t-elle impacter tout 2020 ? etc. Nous avons donc lancé un questionnaire auprès de professionnels des industries de la culture, média, télécom… Nous avons été étonnés par le taux de réponses : nous avons eu 435 retours en 48 heures !
Nous avons ensuite proposé à ceux qui étaient intéressés de participer à un débat en ligne qui a réuni une centaine de participants pour une discussion passionnante et nourrie. Enfin, nous avons interrogé les acteurs clés du secteur sur le thème : « quels vous paraissent être les éléments clés de l’après-confinement ? »

Quels en sont les principaux enseignements ? 
Tout d’abord, cette crise est un pied de nez à ce que nous annoncent certains commentateurs sur la fin de la TV et des grands médias. Durant la crise, les médias audiovisuels historiques et les grandes marques de presse écrites se sont affichées comme des valeurs sûres et ont vu leurs audiences considérablement augmenter, tout comme les sites et applications des grandes marques d’info. 
Nous notons notamment que le surcroit d’audience de la TV intervient durant l’après-midi et à l’access prime-time. Cette augmentation des audiences de l’access laisse entrevoir des évolutions pour demain. C’est intéressant que ce soit l’un des créneaux qui a le plus rebondi. Autre notion qui est revenu de manière forte : la souveraineté numérique et culturelle, la nécessité de passer des alliances pour la préserver, particulièrement en Europe. 
Enfin, le sujet du télétravail se partage en trois : ceux qui disent clairement non à une poursuite du télétravail, ceux qui envisagent une journée par semaine, et ceux qui planifient plus d’un jour hebdomadaire. 

Quels sont selon vous, les éléments les plus surprenants ou marquants ? 
Je ne m’attendais pas à ce que le télétravail soit présent à un tel niveau ! 
Autre point surprenant : une grosse majorité des personnes interrogées souhaite le maintien des mesures exceptionnelles du CNC jusqu’au printemps 2021 voire au-delà, compte-tenu des impacts sur la production, les intermittents, les auteurs etc. il faut avoir un plan à long terme. 
Enfin, le regain de reconnaissance à l’égard des grands médias traditionnels : ceux qui tirent les bénéfices les plus durables sont les chaines historiques, juste derrière les services de SVOD. 

Pensez-vous que cette crise changera durablement les choses ? 
Dans les mois et sans doute dans les années qui viennent, la façon dont les marques vont parler à leurs clients sera cruciale. L’exigence de cohérence, de citoyenneté, de transparence, va s’intensifier. 
C’est un terrain sur lequel il y aura de vraies transformations. 
Concernant les médias, cette période peut peut-être accélérer le basculement numérique de la presse, y compris sur l’aspect abonnement. 

Une conclusion ?
Avec ce sondage, nous avons pu constater l’importance accordée au sujet et la mobilisation autour de la réflexion collective, de la recherche d’idée pour demain. Beaucoup des contributions qu’on a recueillies sortaient du discours convenu. C’est un peu le cas de tous les moments de grandes crises : cela oblige tout le monde à sortir des postures. 

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