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La relance du secteur événementiel en questions

Comment les agences événementielles ont-elles vécu la crise sanitaire et, surtout, comment voient-elles l’avenir ? MyEventNetwork, en partenariat avec LÉVÉNEMENT, initie une série d’entretiens avec les agences événementielles pour en savoir plus sur leurs visions du présent et de l’avenir. Cette semaine Carla De Oliveira DG de Hopscotch Event, Beatrix Mourer, Directrice de création de Magic Garden et Christophe Cousin, Président de Win Win évoquent leur vision de la relance. 

Publié le 24/06/2020 à 16:09, mis à jour le 25/06/2020 à 14:37.

La relance du secteur événementiel en questions
© DR

Le COVID-19 va-t-il selon vous durablement impacter l’univers des events ? Si oui comment ?
Carla De Oliveira :
 Oui, assurément mais il est encore tôt pour avoir une réelle visibilité. Nul doute en revanche qu’avec le temps, on reviendra aux évènements physiques car rien ne remplace le live et la qualité des rencontres IRL. Et tout ce qu’on aura appris, développé et mis en place entretemps nous permettra d’aller encore plus loin, de concevoir et créer des évènements « augmentés » en optimisant l’utilisation du digital et des nouvelles technologies.
Beatrix Mourer : Il a évidemment impacté le secteur économiquement, même si les aides décrochées par l’association LÉVÉNEMENT aident à amortir la violence du choc. 
Néanmoins, l’arrêt total des événements a créé le manque. L’étude réalisée par Weezevent et l’Ifop auprès du grand public  a ainsi révélé que 9 Français sur 10 participent à des événements « en temps normal », et 93 % d’entre eux se déclarent aujourd’hui « en manque » de ces activités-là. 100 % d’entre eux se rendront à nouveau à de tels événements et 67 % affirment qu’ils y reviendront même sous quelques semaines si cela leur est permis. Ces chiffres montrent bien l’appétence des Français pour les événements. 
Si le confinement lié au COVID-19 a bel et bien accéléré la digitalisation de l’univers événementiel, et si certains  événements sont aisément transposables en live vidéo (comme notamment les conférences, les assemblées générales, voire les salons), je ne crois pas que le tout digital s’applique à tous les événements. 
Le 100% digital a ses limites : il ne peut générer l’émotion, le lien, l’alchimie créés par la rencontre physique. Le digital permet certes de démultiplier l’audience (ce n’est pas nouveau non plus) et de réduire les coûts… mais n’a ni le même impact, ni la même mémorisation. Il faut impérativement y apporter notre créativité et savoir-faire évènementiel pour réussir à émerger et marquer les esprits D’ailleurs, votre premier réflexe au déconfinement n-a-t-il pas été de vous réunir en famille, avec vos amis, vos collaborateurs ? Qui a envie de passer sa vie en apéro zoom et en festivals seul sur son canapé ? Google, Twitter, Netflix, l’industrie du jeu vidéo… ont d’ailleurs tous créé des événements, ouvert des lieux physiques.
Christophe Cousin : Confinement, télétravail, distanciation ont simultanément arrêté net l’ensemble des activités événementielles et provoqué une vague de transformation et de digitalisation à marche forcée de tous les formats d’événements.
Même si la digitalisation n’offre pas la possibilité d’agir émotionnellement aussi fortement qu’en LIVE, elle offre en revanche de nouvelles possibilités (audience plus large, interactions facilités, dispach en room multiple, datasource, connexion e-commerce…) tout en réduisant les coûts, les distances et le temps de disponibilité des participants. Autant d’arguments particulièrement audible en période de reprise, de tension économique et de surcharge des agendas du 3ème quadrimestre.

A l’heure du déconfinement, les choses ont-elles déjà changé pour votre activité ? 
Carla De Oliveira :
 Oui, bien sûr et notamment nous avons senti un véritable changement dans le contenu de nos conversations avec nos clients. Là où hier, ils nous appelaient pour appréhender le champ des possibles dans un contexte de contraintes, ils nous appellent aujourd’hui avec un réel besoin de communiquer auprès de leurs publics, renouer le contact avec leurs clients, redonner du sens au collectif même si cela doit encore rester en tout ou partie virtuel.
Nous avions mis à profit la période de confinement pour porter une véritable vision sur l’évènement à l’heure des contraintes liées au covid, déployer concrètement cette vision et acculturer nos équipes à grande vitesse. Et aujourd’hui nous sommes armés pour répondre à cette demande de nos clients, nous produisons des évènements 100% virtuels, mais renouons aussi avec le présentiel via par exemple un roadshow et des rencontres d’une dizaine de personnes par date que nous organisons dès juin.
Beatrix Mourer : Nous avons mis à profit ces mois de confinement pour retravailler notre positionnement et notre offre. Le divertissement, au cœur de notre ADN, est pour nous indissociable du sens. La crise du COVID a mis en exergue la nécessité de responsabilité et de solidarité.  90% des Français attendent des marques qu’elles s’engagent.
Dans cet esprit, nous avons conçu des idées d’expériences toujours positives mais aussi plus responsables. Des événements qui consomment peu de ressources, en mixant présentiel et digital, et qui intègrent en plus des mesures sanitaires. Plus d’infos très vite, notamment sur un événement solidaire !
A ce propos, je voudrais souligner la solidarité de tout l’écosystème événementiel qui s’est révélé lors de cette crise, que ce soit avec les agences de l’Evénement, les freelances, les clients, les partenaires prestataires, les collaborateurs… 
Christophe Cousin : En accélérant et en lançant en pleine période de confinement notre offre de digitalisation de tous les formats d’événements, nous avons opéré un virage à 180° qui aujourd’hui porte ses fruits bien au-delà de nos espérances, avec de très nombreux briefs d’événements digitaux d’une qualité exceptionnelle allant des conventions aux roadshows en passant par des salons ou des marketplaces.
Notre plateforme technologique et les nouvelles briques fonctionnelles que nous développons chaque jour nous permettent de répondre aux attentes des clients en matière de e-Experiences inoubliables et d’envisager une croissance exponentielle de nos activités en France et à l’international.

La relance est-elle déjà en cours ? Quelles vont être les étapes de cette relance ?
Carla De Oliveira :
 Je dirais qu’on est encore dans une sorte d’ambivalence… entre un réel besoin de nos clients de renouer avec la communication évènementielle mais aussi une véritable difficulté pour eux à se projeter dans un avenir proche entre l’impact économique et social de la crise sur leur business mais aussi le flou qui persiste quant à la possibilité de réunir leurs publics. Néanmoins, on sent que la relance est là, elle s’oriente essentiellement vers du full digital aujourd’hui, mais nous travaillons déjà pour la rentrée sur des évènements hybrides mixant présentiel et digital ou bien multi-sites pour mieux contrôler la jauge.
Beatrix Mourer : Oui, elle s’amorce. Nous travaillons actuellement sur des projets pour le deuxième semestre, mais sans réelle visibilité sur ce qui va être possible ou pas, et si une deuxième vague imposera de nouvelles restrictions. L’incertitude est ce qui qualifie le plus cette période depuis le début de cette pandémie. Les agences événementielles ont toujours été agiles, mais là on est au top ! La prochaine étape sera donc l’annonce par le gouvernement des conditions légales et sanitaires exigées, ce que l’Evénement et les différentes associations du secteur réclament. 
En fonction, on s’adaptera avec des événements soit 100% digitaux (mais étonnants, ultra scénarisés et participatifs, sinon quel ennui !) soit un mix de présentiel et distanciel. Le tout, en étant smart pour optimiser les coûts dans un contexte de budgets réduits. En tout cas, nous sommes prêts pour toutes les configurations ! Néanmoins la relance se fera par le retour des événements pour (re)créer du lien social et faire vivre l’économie, valoriser les acteurs et partenaires. Remettre l’humain au centre doit être au cœur de la relance. 
Christophe Cousin : Nous sommes entrés en phase de transformation depuis 5 semaines et le planning du 3ème quadrimestre et du début 2021 est particulièrement prometteur en matière d’événements digitaux avec un niveau de commandes aussi hors normes que cette crise. 

Selon vous, comment va s’organiser la rentrée prochaine… avec trop d’events en même temps ? 
Carla De Oliveira :
 Je pense qu’il n’y aura jamais « trop d’events » ! Et ce serait plutôt une bonne nouvelle pour la profession si on en venait à avoir des difficultés à caler nos évènements dans l’agenda. Je nous fais confiance pour nous réinventer (comme nous sommes déjà en train de le faire) et faire face… investir nos propres locaux pour le compte d’un client par exemple ou « déstructurer » un évènement pour le transformer en « évènement en grappes ». 
Beatrix Mourer : Pour l’instant, je ne vois (hélas !) pas d’encombrement à la rentrée. J’avoue que ce n’est pas cela qui m’inquiète. Ce serait même une excellente nouvelle pour le secteur ! 
Il y a toujours eu une concurrence d’événements à la rentrée. Encore et toujours, la clé pour émerger demeure la créativité. Une idée forte, un concept « never seen before », une histoire désirable, un choix pertinent d’artistes et influenceurs, sont les clés, que ce soit en live ou en digital, pour parler aux publics visés et les faire parler. Nous travaillons sur de très beaux projets en France et à l’international que je ne peux malheureusement encore dévoiler. En tout cas, je suis très fière de nos idées, qui mixent une participation physique en petits groupes (voire très petits) avec une résonnance ultra puissante en digital, grâce à des leviers comme le participatif, l’immersif ou encore la gamification. 
Christophe Cousin : Le 3ème quadrimestre 2020 et le début 2021 sont marqués par une demande quasi à 100% digitale. Ensuite nous prévoyons une activité à 2/3 en digitale et à 1/3 en LIVE très fortement hybridé digitalement.

Plus globalement, comment voyez-vous le futur des events ?
Carla De Oliveira :
 Durable ! L’évènement existe depuis que la société existe. Nous sommes faits pour vivre en groupe, l’évènement est un incontournable de notre vie sociale, et le sera d’autant plus avec le besoin de sens que cette crise a amplifié.
Beatrix Mourer : Comme je le disais, des événements qui mixent toujours plus live, digital et social. Des expériences qui conjuguent le divertissement et la responsabilité, l’exclusif et le participatif, le disruptif et la sécurité, la magie de l’instant et la durabilité. 
Quelle que soit sa forme et son média, il s’agira toujours de créer l’événement ! 
Christophe Cousin : Sans aucun doute sous le signe du digital à 100% ou hybridé. Le LIVE sera ultra émotionnel, qualitatif, sensoriel, exceptionnel… mais ne pourra plus se passer du digital. Le digital permettra un partage, des interactions, un tracking et un R.O.I. démultiplié… en offrant un impact environnemental très favorable.
Qualité des émotions et digitalisation écriront demain les lettres de noblesse de ce fabuleux métier qu’est l’événement.

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