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Events et RSE : où en est-on ? 

Comment les agences événementielles ont-elles vécu la crise sanitaire et, surtout, comment voient-elles l’avenir ? MyEventNetwork, en partenariat avec LÉVÉNEMENT, initie une série d’entretiens avec les agences événementielles pour en savoir plus sur leurs visions du présent et de l’avenir. Cette semaine Muriel Blayac, DG de Lever de Rideau, Michel Rivet, DG de Moma Event, et Christophe Cousin, Président de Win Win font le point sur la RSE et sur l’avenir des events responsables. 

Publié le 15/07/2020 à 17:26, mis à jour le 15/07/2020 à 17:26.

Event et RSE où en est-on ? interview croisée agences événementielles
© DR

Les events responsables, est-ce une réalité pour vous ?
Muriel Blayac : Plus qu’une réalité, c’est une nécessité pour la transformation de notre métier et pour répondre aux problématiques de la RSE au global. Un évènement doit être utile et donc responsable. On n’imagine plus la réalisation d’un évènement sans création de valeur, de sens, sinon les cibles, qu’elles soient consommateurs ou collaborateurs, ne comprendraient pas. Du fait, de cette crise sanitaire, ce mouvement va et doit s’accélérer. C’est indispensable de prendre en compte cette responsabilité. C’est aussi important pour nos collaborateurs, qui se sentent ainsi engagés au quotidien. 
Michel Rivet : Les events responsables sont une réalité de notre métier depuis plusieurs années. A la fois de l’initiative de l’ensemble de l’écosystème, avec certains partenaires ou prestataires qui ont été de vrais précurseurs, mais aussi de la part des agences. Certes, les sensibilités et les niveaux d’engagement sont divers, mais c’est une réalité durable qui s’inscrit dans le paysage des campagnes que nous concevons pour nos clients. Certaines entreprises nous engagent, dès le cahier des charges, à imaginer des événements responsables par conviction ou par obligation. 
Christophe Cousin : Une conviction hier.  Une réalité aujourd’hui. Une obligation morale et règlementaire demain. La RSE n’est plus une option. Les citoyens, les consommateurs, les clients, les institutions, les lieux, les banquiers… et en premier lieu nos collaborateurs souhaitent être les cautions, les partenaires ou les acteurs d’événements responsables… et désirables. 

L'hybridation ou la digitalisation des events : est-ce que cela change quelque chose en termes de RSE ? 
Muriel Blayac
 : D’un point de vue environnemental, la réponse est non, car l’activité digitale a un gros impact écologique : Internet a le même impact sur le climat que le transport aérien mondial ! Par ailleurs, s’il n’y a que des événements digitaux et même si la filière événement se réinvente, l’emploi risque d’en pâtir, et cela n’accéléra pas la RSE, au contraire. Je pense que le débat se pose surtout sur l’utilité. Est-ce qu’un événement digital apporte plus de sens, qu’un événement en présentiel ?  En fait, les deux ne s’opposent pas, au contraire, ils ont une utilité différente. L’idéal est un mix des deux, pour accroitre l’engagement du public et donner du sens sur un temps long.
Michel Rivet : La digitalisation des événements a un effet indéniable sur l’impact de nos actions de communication : lorsque les participants ne se déplacent plus, qu’on ne les nourrit plus, qu’on ne fabrique plus les mêmes décors, qu’on ne les éclaire plus etc… nous produisons des événements plus vertueux d’un point de vue RSE. Même s’il faudrait aller faire un tour du côté des Data Centers qui ont dû tourner à plein régime ces derniers mois et qui sont de gros consommateurs d’énergie.
Mais si nos événements sont plus vertueux de ce point de vue, je reste persuadé qu’ils le sont bien moins du point de vue de l’engagement des communautés que nous adressons.
Christophe Cousin : Le digital modifie considérablement le paradigme des événements. Préoccupation sanitaire, préoccupation économique et préoccupation environnementale, le digital apporte une réponse immédiate et concrète à ce triptyque post-Covid. A cela, il faut ajouter une amplification sans limite des jauges de participants, un agenda libéré de beaucoup de contraintes, un impact carbone largement réduit, une analyse et un tracking des data sources et pour finir une dimension native e-commerce. Nos clients en redemandent et nous poussent à accélérer le rythme de nos innovations E-LIVE à très grande vitesse.

La démarche vers des events responsables va t elle s’accélérer ou au contraire souffrir de la crise ?
Muriel Blayac :
 C’est une démarche en pleine croissance que la crise sanitaire va dynamiser. Les évènements responsables apportent de vraies réponses aux problématiques sociétales. Un event responsable est un accélérateur de lien social, d’attractivité des territoires, d’engagement des publics, vis-à-vis des marques, des entreprises, des institutions, mais aussi de relation durable.
Michel Rivet : Je pense que le sujet était lancé mais qu’une prise de conscience un peu plus aigüe peut accélérer la démarche. De plus, il est certain que les formats seront plus challengés par nos clients et nous-même et que nous imaginerons ainsi des événements hybrides toujours plus vertueux. 
Christophe Cousin : Il y a une accélération dans la prise de conscience… mais aussi dans les actes. Les plus grandes villes de France ont choisi des maires ancrés dans un engagement écologique. Les collaborateurs des entreprises et leurs dirigeants mesurent beaucoup mieux et beaucoup plus fortement leurs responsabilités. L’heure des choix responsables et d’une forme de frugalité des événements semble avoir sonné. La crise est un véritable révélateur et accélérateur.

Inclusion / égalité homme femmes / lutte contre le réchauffement climatique : ces luttes vous paraissent-elles toujours d’actualité ? Y en aura-t-il d’autres ? 
Muriel Blayac : Bien, entendu, après l’urgence sanitaire, l’urgence de soutenir et accompagner ces luttes est indispensable et nécessaire. Cette crise a balayé toutes nos certitudes et nous a fait réfléchir sur les vrais combats, ceux pour lesquels nous devons nous battre pour l’avenir : un vivre mieux ensemble et un avenir pour tous sur une planète sauvegardée. Avec l’association LÉVÉNEMENT, nous nous sommes engagés dans ces différents combats dans notre filière et dans nos agences, il faut certainement aller encore plus loin, plus vite et engager encore plus notre écosystème pour avoir des propositions très concrètes sur ces sujets. Une lutte, demain, sera certainement, l’emploi de la jeune génération dans notre filière qui est très touchée.
Michel Rivet : Elles le sont et le seront plus que jamais. Je pense que la crise que nous venons de traverser a créé une prise de conscience plus vive de tous ces sujets, alors que l’on aurait pu penser qu’elle balayerait tout sur son passage. Elle a confronté les gens à la fragilité de nos civilisations, de nos modes de vie et elle a exacerbé, au-delà de l’aspect sanitaire, tous les enjeux sociétaux qui sont face à nous. En définitive, je pense que le lien social est l’une des prochaines grandes luttes de notre époque et que notre métier est un formidable accélérateur.  
Christophe Cousin : Plus que jamais. La première lutte est centrale, c’est celle du respect de l’humain et de son environnement. La crise du COVID-19 nous met face à nos responsabilités, nos égarements, nos lacunes, nos lâchetés. Il est temps d’en prendre conscience et d’agir. Fortement, durablement et solidairement. L’association LÉVÉNEMENT est d’ailleurs exemplaire en matière de solidarité et de cohésion, dans la façon dont cette crise a été et est encore gérée de façon collective et je dois le dire aussi grâce à l’énergie et l’engagement sans faille de Bertrand BIARD, notre Président.

Où en est la RSE aujourd’hui dans votre agence, et demain ?
Muriel Blayac : C’est un peu notre colonne vertébrale, notre raison d’être. Nous avons toujours souhaité avec les collaborateurs, d’avoir une approche très RSE autant pour l’agence que pour nos événements et notre écosystème.Cela se traduit bien entendu par une démarche de certification ISO 20-121, mais pas que. Ce que nous aimons ce sont des actes concrets : l’engagement auprès de différentes associations, un siège social, qui est aussi un lieu de rencontres de notre quartier, une production des événements, frugale et locale. Et pour demain, nous imaginerons des événements encore plus responsables, plus inclusifs et plus utiles pour la société. 
Michel Rivet : Aujourd’hui, elle est un enjeu autant dans notre propre organisation que dans notre action auprès de nos clients. Demain, sous l’impulsion de l’association LÉVÉNEMENT
, nombre d’agences convergeront vers la certification ISO 20-121. C’est un signe fort de l’engagement d’une filière malgré des niveaux de maturité sur ces sujets très différents. A l’avenir, nous agences, devrons être des leaders, des pionniers plus que des suiveurs sous contrainte réglementaire.
Christophe Cousin : Notre démarche a toujours été responsable. En premier lieu envers l’humain, nos équipes, nos partenaires, nos clients, et toutes celles et ceux qui vivent nos événements en live, mais aussi en terme environnemental. Depuis plusieurs mois, en tant qu’administrateur de LÉVÉNEMENT en charge de l’engagement RSE, j’essaye de donner une impulsion réelle, concrète et positive.  Le premier acte fort se concrétise avec un groupe de 8 agences, dont la nôtre, dans une démarche de certification ISO 20121 qui a démarré dès la sortie de confinement. Nous sommes fiers de porter cet engagement et d’être parmi les premiers à viser cette certification.

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