Entretiens

« Pendant très longtemps on a voulu une ville smart, désormais elle doit être avant tout durable. »

Rencontre avec Vincent Ducrey, co-fondateur de Hub Institute et organisateur de Sustainable Cities Summit dont la prochaine édition se déroulera en présentiel et en digital le 15 septembre prochain. 

Publié le 07/09/2020 à 11:46, mis à jour le 09/09/2020 à 10:40.

Vincent Ducrey hub institute
© DR

Pour cette seconde édition du Sustainable Cities Summit, la crise sanitaire vous a-t-elle obligé à revoir votre modèle ?
Notre événement était déjà en format hybride l’année dernière. En tant que think tank, nous éditons des événements à la fois en ligne et en physique pour notre communauté. Le temps est précieux pour nos participants, aussi nous souhaitons leur apporter une vue 360 du sujet avec des experts. Sur une journée, ils ont accès à l’équivalent de 3 mois d’insights.

A qui s’adresse le Sustainable Cities Summit ?
En priorité à deux grandes populations. En premier lieu à tous les décideurs des villes. Cela s’est concrétisé l’année dernière avec une très forte audience en ligne issue de toutes les régions françaises. Nous qui étions habitués à des conférences autour des sujets de la transformation des entreprises, une thématique qui touchait un public assez parisien, le Sustainable Cities Summit a su capter une audience nationale et issue de la francophonie. Le deuxième public se constitue de tous les partenaires des villes, au sens large. Cela concerne par exemple les entreprises de mobilité, tout ce qui est lié aux bâtiments, à l’animation de quartier, à l’environnement, etc. Ainsi que le commerce et le volet retail. Viennent ensuite les énergies et infrastructures, puis la résilience et le pilotage.

Le Hub Institute a une ambition : que les décideurs aient une vue holistique des enjeux. En tant que think thank, nous développons des référentiels qui servent de clefs de lecture pour permettre aux décideurs de se repérer face à des orientations complexes. Nous sommes assez connus pour notre matrice de la transformation digitale, avant-dernier livre qui a rencontré un fort succès. Sur le sujet des villes, nous allons publier Les 10 challenges de la ville durable. Ce sont 10 challenges que l’on retrouve sur le site de l’événement du 15 septembre et qui en constituent la colonne vertébrale. C’est une publication en mode open source, car l’idée est vraiment d’essaimer et de permettre aux villes et territoires de s’en inspirer pour déployer leur feuille de route.

La Sustainable Cities Summit sera par ailleurs la première conférence post-élections municipales. Le nombre d’inscrits à date en ligne et en physique montre qu'elle sera très suivie, de nouveaux élus et beaucoup d’acteurs du durable seront présents. Ce sont des décideurs engagés qui souhaitent façonner cette ville qu’on a voulu pendant très longtemps smart, et qui désormais doit être durable avant tout. La logique du smart, si elle a du sens, doit être là pour aider le durable, et non l’inverse.

Sur les questions de mobilité, de transports, de retail, qu'observez-vous comme changements ? Par ailleurs, y a t-il un effet Covid ?
Sur le volet transformation des entreprises, on a beaucoup évoqué l’idée de transformation choisie versus transformation subie. C’est un peu la même chose pour les villes. Par exemple, les villes qui n’avaient pas de pistes cyclables avant la crise sanitaire ont dû en créer à la dernière minute pour encourager les mobilités douces. Nous n’en sommes plus à nous demander « est-ce qu’on y va ou pas ? », maintenant Il faut avancer et prioriser les sujets, sachant que le thème de la mobilité reste le sujet prioritaire.

Quelle est l’avenir de la ville selon vous, à l’heure où de plus en plus d’urbains se montrent enclins à vouloir la quitter ?
Nous sommes effectivement à un croisement historique, ce que l’on appelle la Next Economy au Hub Institute. Nous avons eu 20 ans économie numérique et, nous pensons que nous allons vers 20 ans d’économie durable. En effet, les grandes villes sont pour la première fois challengées et les outils numériques permettent à de plus en plus de monde de travailler à distance.

Nous avons eu 20 ans économie numérique et nous allons vers 20 ans d’économie durable.

Les urbains ont néanmoins besoin de structures, d’écoles, etc. mais ils voient les choses différemment. On l’a vu avec le boom d’achats de maisons dans des villes intermédiaires durant l’été. C’est pour cela que lors du summit, des villes comme Angers, Nevers ou La Baule notamment seront présentes car elles attirent de plus en plus. Si ces villes là n’ont pas les mêmes budgets que les métropoles, elles réfléchissent considérablement à leurs investissements durables. C’est une opportunité pour elles de bénéficier de tous les enseignements des grandes villes.

En termes de consommation, comment les marques doivent-elles aborder la ville ?
C’est effectivement un point clé. En tant que think tank, nous avons toute légitimité à créer ce pont entre les villes, les territoires  et marques. Nous vivons tous ensemble, tout est interconnecté. Si vous prenez l’exemple d’une marque alimentaire, elle va produire en périphérie, devoir livrer ses produits avec souvent un camion, les stocker puis les distribuer. En fin de chaîne, interviennent le volet déchets et recyclage. Ces marques doivent donc rentrer dans une démarche d’économie circulaire pour participer de manière extrêmement concrète à l’amélioration de la qualité de vie des urbains. Il y des exemples comme Nespresso qui a investi dans des machines permettant de séparer l’aluminium des déchets organiques au moment du tri afin d’encourager le recyclage. Il y a toute une économie qui se met en place. Le Hub Institute est là pour porter une vision large des enjeux, donner la parole à des élus et cadres territoriaux qui partagent leurs réussites et aux partenaires des villes de présenter leurs innovations. C’est un laboratoire ouvert à destination de l’innovation urbaine.

Des enjeux qui dépassent nos frontières évidemment, d’où la présence de speakers internationaux également ?
Nous trouvons important de faire intervenir des villes internationales sur ces thématiques, c’est le cas d’Istanbul avec ses 16 millions d’habitants. Nous aurons également une vision européenne avec une intervenante de la Commission, tout comme l’exemple d’Helsinki, ville moteur en matière de transformation et de numérique. Suite à quoi nous recevrons Seleta Reynolds, en charge des transports de Los Angeles, qui aura l’occasion d’évoquer le thème de l’inclusion et les nouvelles mobilités.

Pensez-vous que le citoyen, urbain ou pas, est prêt aux changements sur ces questions ?
Aujourd’hui le citoyen devient de plus en plus engagé. On le voit dans ses habitudes de consommation et à la vigilance apportée aux choix des produits. Les territoires sont soumis à une pression inédite, d’autant que les enjeux sociaux occupent une place croissante.

Les territoires sont soumis à une pression inédite, d’autant que les enjeux sociaux occupent une place croissante.

La ville durable doit être inclusive, sans laisser personne au bord de la route. Les citoyens sont donc très sensibles à ces sujets. Pour les marques, il est important de comprendre qu’elles parlent de moins en moins à de simples consommateurs mais à de plus en plus à des citoyens engagés. Celles qui l’ont déjà intégré ont donc déjà fait un grand pas dans l’engagement avec le consommateur de demain. Celles qui sont encore dans un mode pur d’encouragement à la (sur)consommation sont vouées à des pertes de marché, tandis qu’un fossé peut se creuser entre elles et les décideurs nationaux ou locaux.

Votre sentiment global sur l'appropriation grandissante de ces thématiques ?
Je suis heureux de voir que le sujet de la ville durable intéresse de plus en plus de parties prenantes, ce qui génèrent des liens de plus en plus naturels. Les villes ayant de moins en moins d’argent public, les initiatives de marques - si elles sont bien pensées et accompagnées - peuvent être pertinentes dans certains cas. Nous considérons qu’il ne faut pas avoir un discours trop élevé et trop futuriste sur le rôle des marques. Par la preuve et par l’action, celles-ci doivent démontrer leur rôle d’acteur urbain auprès des citoyens. D’ailleurs, beaucoup de marques se sont inscrites à notre conférence afin d’apprendre les enjeux de manière concrète auprès des décideurs.

Enfin, quels engagements appliquez-vous au sein du HUB Institute ?
Sur les 17 objectifs des Objectifs de développements durables (ODD), nous nous concentrons sur 5 d’entre eux. Les objectifs 4, 8, 9,11 et 13 (éducation de qualité, travail décent et croissance écologique, industrie/innovation/infrastructure, villes et communautés durables et mesures relatives à la lutte contre le changement climatique, NDLR). Dernier point avec l’inclusion. Notre conférence est disponible en ligne et gratuite, c’est l’un de nos engagements, et il reste d’ailleurs quelques accréditations pour assister en ligne, ou même sur place. Au final, nous croyons qu’il faut partager l’innovation au plus nombreux, c’est la seule clé pour un changement profond.

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