Entretiens

« Nos agences sont légitimes pour créer de l’expérience positive et développer des dispositifs engageants, en virtuel comme en physique. »

Élu président de l'association LÉVÉNEMENT fin septembre, le directeur général d'Auditoire Group, Cyril de Froissard, répond à nos questions autour de la crise actuelle qui secoue durement le secteur événementiel.

Publié le 27/10/2020 à 17:47, mis à jour le 04/11/2020 à 19:10.

Cyril de Froissard
© DR

L'association LÉVÉNEMENT que vous présidez désormais vient de diffuser aux parlementaires son plan de sauvegarde pour le secteur. Quels en sont les principaux points ?

Nos principales demandes portent sur une prolongation des aides dont nos entreprises bénéficient depuis plusieurs mois au-delà de décembre 2020. Idéalement jusqu’à la fin du 1er semestre 2021. Cela concerne à la fois l’élargissement et la prolongation du fond de solidarité, l’exonération des charges sociales patronales et une prolongation de l’activité partielle de nos collaborateurs prise en charge à taux plein. Jusqu’à maintenant nous avons été écoutés par le gouvernement et accompagnés dès le début de la crise. En septembre, ces mesures ont été prolongées jusqu’à fin 2020 mais nous savons d’ores et déjà qu’avec la résurgence de la crise sanitaire, la reprise de notre activité va être encore décalée de quelques mois. Nous avons donc besoin d’être encore accompagnés.

Comment se portent les agences de communication événementielle ?

Nous avons relancé notre baromètre interne pour prendre le pouls du secteur après la rentrée. Nous communiquerons prochainement les résultats de cette étude mais ce que l’on peut dire à date c’est que nous avions l’espoir que l’activité reprenne son cours en septembre et que la pression s’accentue sur la filière. La situation est donc excessivement tendue, voire insoutenable pour certains professionnels.

Si cette crise peut avoir une vertu, c’est de nous avoir forcé à nous remettre en question et de montrer notre capacité à rebondir

Il faut cependant distinguer les différents acteurs car tout le monde n’est pas touché de la même manière. Mais si cette crise peut avoir une vertu, c’est de nous avoir forcé à nous remettre en question et de montrer notre capacité à rebondir. Pour les agences, cela a signifié repenser dans un format différent une infime partie des événements qui étaient prévus cette année, la majorité d’entre eux ayant néanmoins été reportés ou annulés. Donc nous sommes loin d’une activité normale comme nous avons pu le connaître lors des années précédentes. Sans compter que les décideurs ont beaucoup de mal à prendre des engagements sur les opérations qui pourraient être annulées du jour au lendemain et que nous travaillons systématiquement sur différents scenarii.

Justement, quelle est la posture des annonceurs ?

Cela dépend des annonceurs, certains étant plus audacieux que d’autres ou ayant une nécessité impérieuse de communiquer. Nous réfléchissons donc avec eux à des dispositifs qui pourraient être déployés. D’autres annonceurs ont un frein psychologique et décident de reporter ou d’attendre des jours meilleurs avant d’imaginer reprendre la parole en événementiel. 

Cette seconde vague du virus va marquer très probablement un nouveau coup d’arrêt car l’état d’urgence généralisé ne favorise pas la reprise. Certes, il y a des événements qui sont programmés d’ici la fin de l’année mais on ne sait pas s’ils vont se tenir, ni comment. Il y a une urgence du présent. Nous attendons donc de la part du gouvernement un maintien des aides à minima jusqu’à l’été 2021, pour sauver les emplois d’aujourd’hui et nous aider à les pérenniser demain, tout en demeurant le plus possible optimistes et inventifs. Et surtout nous maintenons le lien avec nos clients en proposant des stratégies de communication évènementielle créatives et des formats adaptés. C’est notre mot d’ordre général actuellement dans toutes les agences. Beaucoup de clients jouent le jeu, sont à l’écoute et repartiront avec nous dès que les conditions seront réunies. 

Y a -t-il une réelle bascule des formats vers le digital ?

Le digital est une solution en attendant que la situation s’arrange. Est-ce qu’à terme il supplantera la puissance du live et des rassemblements ? Je n’en suis pas persuadé. Il y a de nombreux moyens de prendre la parole aujourd’hui pour communiquer. Des agences développent des radios, des podcasts, etc., contournant ainsi la difficulté de ressembler les gens et de communiquer auprès des publics qui en ont réellement besoin. Il y a un véritable déficit en termes de communication aujourd’hui. Il faut aussi communiquer avec ses collaborateurs, une population particulièrement touchée par la crise actuelle et ses répercussions.

Nouveau président de l’association depuis quelques semaines, quelle est votre feuille de route ?

C’est une feuille de route évidemment chahutée par le contexte actuel. Malgré tout, nous regardons vers l’avant et il faut que l’on arrive à se repositionner sur un marché mouvant. Il y a donc toujours l’urgence du présent, à savoir accompagner les entreprises dans la gestion de crise et poursuivre les discussions avec le gouvernement pour passer la seconde vague.

Aujourd’hui, aucun événement ne s’est transformé en cluster et c’est important de le rappeler.

Deuxième objectif, reprendre la parole auprès de nos clients en leur reprécisant qu'il est possible de faire des events en physique grâce à nos protocoles sanitaires. Aujourd’hui, aucun événement ne s’est transformé en cluster et c’est important de le rappeler. De même, il faut leur redire que nous sommes des experts de la communication événementielle sous toutes ses formes. Qui mieux que nous pour les accompagner sur des formats différents et innovants ? Nous réaffirmons à nos clients notre expertise et nos compétences pour les accompagner dans ces temps de crise.

Que pensez-vous des tests rapides à l’entrée des events qui pourraient être déployés ?

Nous n’avons pas de position officielle sur ce sujet. Personne ne sait précisément de quel type de tests il s’agit et comment cela pourrait s’organiser. Il est donc aujourd’hui compliqué pour nous de dire que ces tests salivaires sont la panacée. Se pose également la question de la responsabilité de l’organisateur d’événements vis-à-vis de ces tests et des résultats. Il y a donc encore trop d'inconnues pour avoir une position claire sur la question.

A la faveur de cette crise, les acteurs ont fait front, se sont regroupés. Est-ce que les agences n’avaient pas perdu le sens du collectif ?

La crise a fait la démonstration que le secteur pouvait être uni et se rassembler. Cette capacité à se retrouver et à travailler ensemble doit perdurer au-delà. On ne peut que s’en féliciter et l’on peut reconnaître que l’événementiel a pu faire la preuve de son utilité dans le cadre de cette crise et que jamais on aura autant parlé d’événementiel, même si c’est pour en souligner les difficultés actuelles. C’est une grande satisfaction car l’un des objectifs de LÉVÉNEMENT est de faire de l’organisation professionnelle une association de référence pour demain, à la fois pour les agences mais aussi pour les clients. Charge à nous d’augmenter notre représentativité - nous avons d’ailleurs été rejoints par de nouveaux adhérents – et notre part de voix pour renforcer notre leadership dans les mois qui viennent. 

Quels sont les signaux à l’international ? Est-ce que des modèles agiles, différents ont vu le jour à l’étranger ?

En Asie, le retour d’activité est notable. Il y a une réelle demande et des événements s'y déroulent. C’est un message d’espoir pour l’Europe si l’on arrive à juguler rapidement la crise sanitaire. En termes de format, nous allons être encore durant plusieurs mois sur un mode digital, un digital qui peut prendre plusieurs formes. Mais il ne faut pas oublier que ce digital et les events à distance ne sont qu’un retour à ce que l’on vivait il y a 25 ans. A l’époque, nous faisions déjà de la vidéotransmission, on imaginait des programmes riches en contenus, etc. C’est donc un retour des choses - désormais avec des outils qui ont évolué, qui permettent plus d’interactivité et d’engagement - mais finalement les ingrédients sont les mêmes que ceux que nous connaissions par le passé. L’arrivée de la 5G va par ailleurs accélérer la transformation des modèles mais je ne crois pas au modèle full digital, au bénéfice d’un modèle hybride.

Les agences events pure-players sont-elles davantage pénalisées que d’autres agences et font-elles face à de nouveaux concurrents ?

On pourrait le penser mais je suis impressionné par la capacité qu’ont eu les agences événementielles à se remettre en question et à se diversifier. Certaines d’entre elles avaient déjà une forte appétence pour le digital, avec de facto un coup d’avance sur les autres, mais celles qui ne l’étaient pas ont réagi rapidement.

Comme dans tout phénomène de crise, il y a toujours de nouveaux opérateurs qui apparaissent et se positionnent.

Après, comme dans tout phénomène de crise, il y a toujours de nouveaux opérateurs qui apparaissent et se positionnent. Mais je reste convaincu que nous sommes les plus légitimes pour accompagner nos clients. Qui mieux que nous peut optimiser la valeur expérientielle vécue d’un dispositif événementiel, qui mieux que nous peut transposer les émotions, le partage, l’interactivité ? Ce sont des ingrédients que l’on utilise au quotidien, il suffit uniquement de les adapter dans un mode de diffusion différent. Nous sommes légitimes pour créer de l’expérience positive et développer des dispositifs engageants dans un monde virtuel avec autant de force que dans l’espace physique.

Les offres évoluent, mais aussi les comportements et la consommation des events ?

Il est certain que cette crise va modifier les comportements et nous verrons bien si cela sera durable. Mais il y a des choses que l’on faisait hier et qui ne se feront plus demain. Par exemple, il faut penser que les gens vont moins voyager et qu’il y aura moins d’événements internationaux. Nous allons indéniablement vers des événements plus utiles, plus engagés, plus responsables. Nous nous adaptons comme nous avons toujours su le faire dès que nous avons eu à faire face à des situations difficiles par le passé. C’est même dans notre ADN de contourner les contraintes et les difficultés. Maintenant, ce dont nous avons besoin c’est de redonner de la confiance à nos clients afin qu’ils aient l’audace de reprogrammer des opérations événementielles. Nous en avons besoin mais eux aussi car ils ne peuvent pas rester sans communiquer.

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