Entretiens

La communication et l’événementiel à l’épreuve de l’instabilité politique 

Avant de laisser derrière soi un premier semestre qui s’est achevé sur la séquence politique que l’on sait, MyEN a interrogé 3 dirigeants d’instances représentatives des filières communication et événementiel. Que pensent-ils du contexte actuel, et celui-ci peut-il être préjudiciable à l’activité ? Eléments de réponse avec Mercedes Erra (Filière Communication), Béatrice Cuif-Mathieu (UNIMEV) et Benoît Ramozzi (LEVENEMENT). 

Publié le 10/07/2024 à 16:50, mis à jour le 10/07/2024 à 19:57.

Assemblée nationale
© DR

Comme de très nombreux secteurs, la communication et l’événementiel sont assez peu friands de périodes d’attentisme ou d’incertitude politique. Les donneurs d'ordre et les marchés financiers non plus. Alors que le patronat s’inquiète d’ores et déjà de la mise en œuvre de mesures mettant à mal la politique de l’offre et qui effrayeraient les investisseurs, les représentants des filières communication et événements se disent vigilants mais confiants. Des positions teintées d’optimisme pour des personnalités qui en ont vu d’autres, et qui pour l’heure ont en ligne de mire les J.O ! 

Quel est le sentiment qui vous anime au lendemain de cette période électorale inédite ? 

mercedes erra

Mercedes Erra, présidente de l'Association pour les actions de la Filière Communication : Comme beaucoup, un soulagement. Je suis heureuse et rassurée que plus de 2/3 des votants en France ne soient pas d’extrême droite, et que les Français aient su voir plus loin que leurs différences pour être ensemble contre le Rassemblement National. Cela ne veut pas dire que le lendemain, on puisse faire comme si ce phénomène n’avait jamais existé. Je pense qu’il faut entendre le malaise qui s’est exprimé, non pas sur toutes ses dimensions, mais en tous cas sur le sentiment de déclassement d’une partie de l’électorat du RN. 

Ce qui m’anime ensuite, c’est un grand intérêt pour le futur. Je suis persuadée que nos politiques doivent réfléchir et surtout agir autrement que par un pouvoir présidentiel jugé écrasant. Il y a un chantier politique prioritaire à mener pour retrouver le chemin du dialogue dans une société qui tend à se polariser. Les clivages, le manque d’ouverture : il va falloir s’en départir pour arriver à se mettre d’accord. Là encore, cela implique de travailler sur les enjeux et les problématiques qui n’ont pas été traitées et doivent l’être. 

En fait, je rêve d’une France sociale-libérale. 

beatrice cuif mathieu

Béatrice Cuif-Mathieu, co-présidente de l’Union française des métiers de l’événement (UNIMEV) : Il s’agit d’une occasion de montrer aux nouveaux élus combien les événements, en tant qu’éléments de stabilité, nourrissent les projets de nos entreprises, l’activité de nos territoires et animent la vie de nos concitoyens. En effet, les événements représentent des moments privilégiés - qui rassemblent des hommes et des femmes - pour construire l’avenir dans de nombreux secteurs, disciplines ou bassins de vie.

benoit ramozzi

Benoît Ramozzi, délégué général de l’association des agences de communication événementielle (LEVENEMENT) : Si les organisations professionnelles n’ont pas forcément vocation à commenter la situation politique, en revanche nous allons rester vigilants et continuer de défendre les intérêts de nos métiers auprès des pouvoirs publics. Nous gardons avec ces derniers un lien tout particulier, d’autant que nous venons de signer une nouvelle convention collective, qui nous oblige à veiller, avec les partenaires sociaux, au bon déroulement du dialogue social. 

Selon vous, la période qui s’ouvre peut-elle influer sur le secteur de la communication dans les semaines et mois à venir ? 

Mercedes Erra : Le secteur de la communication a besoin d’une forme de confiance et de stabilité pour assurer sa dynamique. Nous allons avoir besoin que le futur gouvernement rassure fortement les entreprises sur les perspectives économiques. La communication est un marché qui suit la dynamique de l’économie et est donc très lié au niveau de confiance ambiant. Nous avons besoin que les entreprises soient confiantes dans leur business, et positives sur leur capacité de développement.

C’est pour cela qu’à la Filière Communication nous avons créé l’Observatoire de la communication qui mesure chaque mois l’évolution de l’indice de confiance sur notre secteur. Début juin 2024, avant les élections, l’indice de confiance de la Filière Communication dans son ensemble avait augmenté de +4 points par rapport à mai, poursuivant la tendance en hausse de 8 points sur un an alors que l’indice de confiance de l’ensemble des services baisse de 4 points. Tout l’enjeu sera de maintenir cette dynamique dans les mois à venir. 

Béatrice Cuif-Mathieu : Nous ne nous posons pas la question en ces termes. L’important est qu’une fois le Parlement installé et le Gouvernement nommé, la France maintienne son dynamisme, la compétitivité de ses industries et puisse continuer de rayonner. Les JOP 2024 vont y contribuer très largement, c’est demain ! Réjouissons-nous car il s’agira d’une séquence totalement inédite et grandiose, qui mettra à l’honneur les athlètes, tout en illustrant le savoir-faire et la qualité d’accueil français. Ces années de préparation et semaines d’organisation devront permettre de construire un héritage concret afin de valoriser, sur les prochaines décennies, la Destination France comme une place événementielle à très haut niveau d’exigence pour les athlètes, les visiteurs, les sponsors mais aussi pour notre planète.

Benoît Ramozzi : Désormais, nous entrons dans une très belle période avec les Jeux olympiques, le Sommet de la francophonie, puis les Jeux paralympiques à la rentrée. Dans le contexte difficile que nous connaissons depuis quelques semaines, voire des mois, plus que jamais l’humain a besoin de se rassembler et de se reconnecter les uns aux autres. C’est peut-être cela qui nous manque cruellement et déroute les citoyens. Certes, l’événementiel ne va pas régler tous les maux du monde, néanmoins, quand on voit que certaines personnes s’appuient sur TikTok pour voter, je pense que les événements peuvent jouer un rôle indéniable dans la société civile. La communication événementielle permet aux gens de s’exprimer, de partager, d’échanger, d’écouter, ou encore de nuancer leurs propos. Il y a donc un besoin essentiel, et les entreprises de l’événementiel seront là pour accompagner ce mouvement en faveur du mieux vivre ensemble. 

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