Comme si vous y étiez

Napoleons Paris 2020 : Jeu, set et match !

Le 16 juillet, les Napoleons ont fait sensation en organisant Paris 2020, une édition spéciale au stade Roland Garros, en lieu et place de leur Sommet annuel à Arles, contraint à l’annulation pour cause de crise sanitaire. « On a pensé intituler cette édition « C’est quoi ce bordel ? », on a finalement préféré l’appeler « 2020 », mais vous avez compris le sous-titre. » Dont acte. Retour sur l’événement en trois sets gagnants. 

Publié le 22/07/2020 à 17:51, mis à jour le 23/07/2020 à 10:38.

Napoleons Paris 2020, photo d'ambiance
© Margaux Demaria, Franck Ferville et Julien Philippy - OCUS pour Les Napoleons

16 juillet 2020 : pour la première fois, les Napoleons organisent une édition spéciale à Paris, au stade Roland Garros. A l'entrée, les participants doivent montrer patte blanche (ou plutôt front froid) : il faut afficher une température corporelle de moins de 38° pour avoir le droit de pénétrer dans l’antre du tennis reconverti en centre de conférences. Masques jetables distribués à l’entrée, gel hydroalcoolique badigeonné, les participants récupèrent leur badge (cordon blanc pour les « newbies », ceux qui ne sont jamais venus aux Napoleons auparavant, cordon noir pour les autres), et peuvent enfin se diriger vers le court Simonne Mathieu où ont lieu les keynotes. C’est parti pour une journée riche qui a vu les speakers se succéder pour tenter de mieux comprendre (philosophiquement, politiquement, scientifiquement, culturellement…) cette année 2020. MyEventNetwork revient sur les temps forts. 

Anne Hidalgo et Pascal Blanchard trustent le 1er set
Après l'introduction des fondateurs des Napoleons, Olivier Moulierac et Mondher Abdennadher, accompagnés de Patrick de Carolis, et les intervention de Philippe Torreton et de Cécile Maisonneuve, la maire de Paris a pris position contre la bureaucratie à outrance et pour la décentralisation du pouvoir. « Il ne faut pas avoir peur d’exercer le pouvoir en tenant compte de la pluralité des avis, des lieux d’actions, des lieux d’expression. (…) Il faut nous faire confiance, faire confiance à celles et ceux qui agissent : collectivité territoriales, société civiles, ONG, citoyens… » Anne Hidalgo a prôné l’écoute et l’action pour aller vers un monde plus pacifiste et lutter contre les préjugés sexistes, racistes, homophobes :

Il faut être ouverts à ce changement de comportement et de modèle économique, pour aller vers une économie qui tient compte de l’humain et de la planète. 

« Les modèles dans lesquels nous nous sommes inscrits sont totalement dépassés. Nous sommes en train de vivre une véritable révolution. Il nous faut vraiment être ouverts à ce changement de comportement et de modèle économique, pour aller vers une économie qui tient compte de l’humain et de la planète. » 

Autre ambiance avec Pascal Blanchard, mais tout aussi d’actualité puisque l’historien a évoqué l’histoire coloniale, « peut-être le dernier grand tabou de l’Histoire de France », et le déboulonnage des statues. « Nous vivons dans un pays incroyable dans lequel il y a 23 musées du sabot et pas un seul musée d’histoire coloniale. La République ne sait pas raconter une histoire qui est irracontable ! Comment expliquer que le pays des droits de l’homme a colonisé ? (…) Déboulonner n’est pas grave en soi. Ce qui est grave c’est de déboulonner sans savoir où on va mettre ce qu’on a déboulonné. » Enfin, l’historien a appelé à « titiller les politiques. Si vous ne faites pas de musées, la guerre de mémoire et la haine perdureront, et les Dieudonné continueront de faire un carton sur Internet ». 

Ce qu’il fallait voir aussi (mais choisir, c’est renoncer) : Jean Jouzel, qui a appelé à une meilleure communication scientifique ; Philippe Toretton qui a milité pour reconsidérer la culture de façon urgente et pour réorganiser la place de la culture à l’école ; Cécile Maisonneuve qui a démontré la résilience des villes ; Jacques Toubon, qui a rappelé l’importance de lutter contre les discriminations ; et Diariata N’Diaye, qui a raconté son parcours pour créer une appli contre les violences faites aux femmes. 

Deuxième set : Anne-Laure Kiechel mène, suivie par Bertrand Piccard 
Le deuxième set a débuté fort, avec Anne-Laure Kiechel, de Global Sovereign Advisory, qui est revenue sur la gestion de la crise… et de la dette. « Il y a trois phases dans les crises. La première, c’est l’arrêt brutal, et les actions pour soutenir ménages et entreprises. La deuxième, c’est la transition. La troisième, c’est la construction d’une nouvelle économie. La question est de savoir comment on fait pour transitionner entre l’ancienne et la nouvelle économie. Si l’on utilise bien la dette, avec des dépenses constructives, ça ira. Si non, il y aura des conséquences à long terme, comme des mesures d’austérité. Il y a un lien très fort entre le montant de la dette et qui détient la dette. »

 Pour construire un nouveau monde sur les débris de l’ancien, il faut de l’efficience. 

« Nous sortons d’un monde dangereux, instable, fragile, inéquitable, polluant. Il ne faut surtout pas refaire le même monde ! Or, ce qui caractérise le monde dont on sort, c’est l’inefficience, le gaspillage. Pour construire un nouveau monde sur les débris de l’ancien, il faut de l’efficience. » a appuyé de son côté Bertrand Piccard. L’aventurier a annoncé son nouveau challenge : faire un tour du monde pour présenter 1000 solutions rentables pour protéger l’environnement aux gouvernements.

Ce qu’il fallait voir aussi (mais choisir c’est mourir un peu…) : Olivier Sichel et Arno Pons, sur l’importance de développer les startup et le numérique en France. 

Troisième set : Tatiana Jama, Albert Moukheiber et Rudy Reichstadt au coude à coude
Fondatrice de Sista, qui lutte pour plus de mixité dans la Tech et pour l’accès des femmes aux fonds d’investissement (seuls 2% des fonds levés le sont par des entrepreneuses), Tatiana Jama a plaidé pour une « approche dépassionnée et data-oriented pour mixifier le secteur. Nous sommes victime de biais inconscients qui attribuent aux femmes un manque d’ambition. Je suis aussi ambitieuse qu’un homme, c’est l’expression de mon ambition qui est différente ! Il faut qu’on arrive collectivement à agir sur ces biais. »

Ma façon d’être féministe c’est d’entreprendre.

Elle a également rappelé que l’entreprise pouvait être un outil efficace pour répondre aux défis à venir. « Le féminisme, c’est réorganiser un monde établi. Ma façon d’être féministe c’est d’entreprendre, de montrer l’égalité par la preuve. »

Place ensuite au sujet de l’infobésité avec Albert Moukheiber et Rudy Reichstadt. « Nous avons tous des opinions, c’est les exprimer qui est nouveau : les réseaux sociaux permettent à chacun de s’exprimer, et de trouver 40, 50 personnes qui sont d’accord. C’est assez pour fonder une communauté et se convaincre qu’on a raison. » a tout d’abord rappelé Albert Moukheiber. « S’il y a une clé à acquérir, c’est celle de l’esprit critique. » a renchéri Rudy Reichstadt.

La théorie du complot est une pathologie de la démocratie.

« La théorie du complot est la rencontre d’une demande sociale (l’envie de croire NDR) et d’une offre idéologique structurée qui produit et qui met en circulation ces contenus. Avec un objectif politique. C’est une pathologie de la démocratie. » 

Ce qu’il fallait voir aussi (mais choisir, c’est se priver du reste) : Melinda Gates qui a annoncé la tenue d’un Sommet sur l’égalité des genres en juillet 2021 ; Michele Wucker qui a explicité le concept du « Gray Rhino », ces problèmes que nous ignorons sciemment au lieu de les régler ; Jean-Laurent Bonnafé, qui a affirmé que la confiance et la solidarité étaient la clé pour une relance de l’économie.

Balle de match : Etienne Klein
Dernier à intervenir sur la terre battue du court Simonne Mathieu, Etienne Klein, physicien, a tenté de définir le concept de temps, devant un public médusé et ravi. Le temps que l’on passe à attendre : « Durant le confinement, nous avons tous fait la queue à la boulangerie. Une technique pour faire passer le temps ? Penser à la théorie de la relativité d’Einstein qui dit que nous allons tous, quel que soit l’endroit ou le moment, à la vitesse de la lumière ! » Le temps qui nous parait manquer : « En général, on a toujours le sentiment d'un retard impossible à combler et culpabilisateur. Pendant le confinement, nous étions synchrones avec le monde : soudain, il n'allait pas plus vite que nous. » Le temps (ou plutôt la temporalité) de demain. « Dire que le monde va changer, c'est considérer certaines de ses propriétés. Mais si on ne dit pas explicitement lesquelles, il ne va rien se passer. Et en même temps, ce petit virus de 10 nanomètres a fait bifurquer le destin du monde. Il a peut-être le pouvoir de changer le monde, de faire que le monde de demain sera différent. » Rendez-vous en 2021 !

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